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Interview : Seong-Bo Yun, créateur de Baron Y***

Interview : Seong-Bo Yun, créateur de Baron Y***
Vianney

Baron Y***, vous connaissez ? Si c’est le cas, vous faites certainement partie de ces rares et infatigables curieux qui arpentent le Haut-Marais en quête de créateurs toujours plus confidentiels et originaux.
Seong-Bo Yun – le créateur – en est un, à sa manière.

Affable, discret, intarissable quand on aborde le sujet de ma visite : sa ligne de vêtements. Unique en son genre, Baron Y*** propose une curieuse collection, entre le raffinement glacé du dandy de salon victorien et le foisonnement rock complètement débridé des Who. Suite de la visite.

Peux-tu nous parler de ton parcours ?

J’ai eu beaucoup de maisons, essentiellement françaises : d’abord Charles Jourdan, où j’étais responsable de la ligne homme, puis Martine Sitbon.

Ce que j’aimais chez elle, c’était le côté rock très british qu’elle insufflait dans ses créations, un peu comme si Keith Richards arrivait dans une soirée vêtu d’un smoking impeccable, s’installait dans un fauteuil, pieds sur la table, et se faisait un speed en fixant l’assistance d’un air ironique. Du style : « Et alors ? Je suis anglais ! ». Je me suis ensuite retrouvé un peu par hasard à la tête de la DA de Loft Design By. Leur marque stagnait, ils cherchaient quelqu’un pour lui donner un nouvel élan : on m’a appelé, et je me suis retrouvé là un matin, à mettre en pratique cette touche rock que j’avais appris chez Martine Sitbon dans leurs collections.

C’est devenu plus fun, plus décalé. C’est en sortant de chez Loft que j’ai fondé Baron Y***.

 

Comment as-tu commencé ?

Avec une petite collection homme – une douzaine de mailles fines et de T-shirts. Puis j’ai ajouté de la femme, suite aux demandes de plus en plus nombreuses de filles. Et j’ai ouvert une boutique rue de Poitou où je suis resté deux ans, le temps de mettre en pratique tout ce que j’avais appris auparavant, en termes de contraintes de production, de prix, etc. J’ai ensuite déménagé rue Charlot dans une boutique plus grande.

On ne trouve Baron Y*** quasiment qu’ici : c’est difficile de vendre en multimarques, à cause de la frange de prix et du style pointu. Je fais tout fabriquer en France, avec de très belles matières comme du poulain, de la dentelle japonaise, etc.

 

Comment définirais-tu Baron Y*** ?

Il y a une chose que je ne supporte pas, c’est le côté fast-fashion de la mode. Tout devrait changer d’une année à l’autre comme un menu McDonalds. En un sens, je ne crée pas de la mode, mais un style, que je décline chaque année en différentes variations. Il y a un état d’esprit Baron Y***, un mélange subtil entre le côté destroy du rock anglo-saxon et la sobre élégance du dandy français, avec une touche de romantisme.

Un côté mode d’intérieur également, qu’on retrouve dans un de mes modèles phares, une sorte de gilet en maille à pans tombants et ceinture, comme une robe de chambre courte.

 

Le nom Baron Y*** m’est venu dans cette perspective : le « baron », qui, du point de vue d’un étranger, représente le côté luxe, salons feutrés et conversation subtile de l’aristocratie française, et Y pour mon nom de famille, Yun. D’une certaine manière, Baron Y*** est du luxe, dans les matières, la façon, la coupe, les détails invisibles qui font tout le sel du vêtement – comme la dentelle qui est devenue une sorte de marque de fabrique – mais le prix, lui, reste celui d’un créateur.

 

Tu parles de rock, mais c’est un rock assez recherché…

Oui. C’est voulu. Je n’aime pas le côté stéréotypé du rocker : perfecto, clous, jean effrangé enduit à la manière des bikers de Balmain. A mon avis, le rock est un état d’esprit. Une façon d’être : tu peux t’habiller de façon hyper basique et être quand même rock. Comme Elvis qui jetait sa télé par la fenêtre parce qu’il en avait subitement envie. Tu fais fondamentalement ce que tu veux sans te soucier du regard des autres. C’est cette désinvolture que j’essaie de rendre dans Baron Y***.

 

Ca se voit quelque part au niveau de mes influences : Hedi Slimane (période Dior), Yves Saint-Laurent, le côté complètement grandiloquent et mis en scène des shows d’Alexander McQueen…

 

Typiquement, je crée quelque chose pour l’homme, puis je le décline pour la femme. Par exemple, un trois-quarts cintré, très structuré et dandy, auquel je rajoute une véritable touche féminine. Si j’avais une icône rock, ce serait PJ Harvey, ce côté glam qui fait toute sa force.

 

Des manteaux en apparence simples, mais qui cachent une foule de beaux détails, et dont les couleurs sobres peuvent se marier avec beaucoup de tenues.

Seong-Bo, nous te remercions pour ton temps, et on ne manquera pas de suivre de près, cette année encore, ta nouvelle collection.

Baron Y*** – 54/56 rue Charlot 75003 Paris
Egalement disponible en ligne chez L’Exception

Vianney est un passionné de stylisme et d’histoire de la mode. Il partage chaque semaine ses interviews de créateurs et ses sélections de marques sur www.BonneGueule.fr, blog mode de conseils et relooking homme.

Commentaires

  1. Geoffrey Bruyere

    C’est clair que c’est cher, mais on parle ici d’un produit « mode ». Je ne vois pas qui achèterait du baron Y*** sur la base d’un besoin pratique : on a vu mieux pour faire ses courses au supermarché ;)

  2. Dafafew

    Trop cher. 

    2250 euros pour un manteau, certes c’est beau, mais l’intérêt pratique est inexistant. 

  3. Laurent

     » entre le raffinement glacé du dandy de salon victorien et le foisonnement rock complètement débridé des Who »
    Rien que ça, ça donne envie d’aller voir ça de plus près ;)

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