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Et si la Haute Couture masculine commençait (enfin) à exister ?

Et si la Haute Couture masculine commençait (enfin) à exister ?
Romain Rousseau

Peut-on dire que la Haute Couture masculine existe véritablement ? Sans être présomptueux, cela semble compliqué. Mais quelque chose émerge bel et bien, susceptible de véritablement révolutionner le monde de la Couture. Rencontre et décryptages : il est grand temps de découvrir ceux qui, par passion avant tout, nous délectent par leur audace dans cet univers au summum du Luxe si conventionné, Gustavo Lins et Eric Tibusch.

 

Les cauchemars de taffetas, les rêves de mousselines brodées de perles et de cristaux, le miracle de la dentelle… La haute couture, dans l’imaginaire collectif, est symbolisée par des défilés spectaculaires, lors desquels de jeunes femmes font valser de véritables constructions textiles souvent plus lourdes qu’elles. La vérité se rapproche effectivement de cela, et le but de la haute couture n’est pas de ressembler à du PAP, il s’agit de faire rêver. L’audace de la femme en matière d’art sartorial étant éminemment plus grande que celle de l’homme, les maisons de haute couture avaient trouvé là l’opportunité de céder à tous les délires créatifs de leurs designers, dont certains ont su défier les lois de ce qui semblait matériellement réalisable. Source intarissable d’innovations et de création, la haute couture exulte le savoir faire de ces petits ateliers secrets dont les apports pour le monde de la mode sont innombrables.  Néanmoins, grâce à certains amoureux de la mode Homme, les smokings ont aussi leur place sur les podiums les plus convoités du monde entier, ceux qui peuvent prétendre à l’appellation officielle de Haute Couture, ouvrant la voie d’une nouvelle conception de l’art de créer le vêtement.

 

Gustavo Lins : la passion de l’artisanat.

Il nous avait déjà parlé de ses aspirations de couture pour homme lorsque nous l’avions rencontré à la fashion week de Janvier, où il présentait une collection avec des silhouettes travaillées et de somptueux drapés.

Les looks les plus marquants de la saison Automne Hiver 2013

Les looks les plus marquants de la saison Automne Hiver 2013, avec au milieu Gustavo Lins himself.

Pour le créateur brésilien, les silhouettes masculines sont une sorte de test pour introduire une haute couture « portable », du moins affichant un minimum de sobriété, dans le vestiaire masculin. D’ailleurs on remarquera qu’effectivement, les collections de GustavoLins se définissent plus par leur coté artisanal et le travail des matières que par la virtuosité des coupes et des silhouettes.

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En tout bien tout honneur, et n’allez pas croire que l’ancien architecte laisse quoique ce soit au hasard. Non, simplement cette fois ci, il veut donner envie de toucher ses pièces d’exceptions, d’exhiber le moiré de ses textures uniques, de leur donner vie plutôt que d’en faire des constructions ostentatoires.

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Du lin, de la soie, de la fourrure et du cuir pour les plus belles matières. Le travail des cols est remarquable, entre l’esprit keffieh et le col cheminée, de même que les motifs graphiques apposés comme des coups de pinceaux sur des toiles noires donnent à cette collection de beaux détails.

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On ne peut qu’encourager les premiers pas de Gustavo Lins, ne serait-ce qu’en vertu de la passion et du savoir faire transpirant de ces pièces, à la fois justes et sincères.

Eric Tibusch.

Les créations d’Eric Tibusch s’affirment d’un autre registre, plus couture… Pleine de contradictions savamment distillées, cette collection souligne la maitrise de Tibusch qui explore la Haute Couture pour hommes depuis plusieurs années déjà. « Cette saison, je suis parti volontairement sur l’artifice». Comprenez qu’au lieu d’utiliser ses habituels cuirs de porosus ou d’agneau, le créateur a préféré un cuir imprimé et…du vinyle ! Pour le reste, de somptueux lainages et un tweed assez spécial, vous le verrez.
Et rappelez-vous : de la création, pas du pragmatisme !

Eric Tibusch, Couture Collection, Fall Winter 2013, Paris

Jouer sur du « faux » ne veut pas dire qu’il n’y a pas de technicité. Loin de là. Cette micro veste est en cuir de veau imprimé, pour lui donner l’aspect écailleux des reptiles que vous connaissez. Mais l’aspect métallisé est obtenu à partir d’une technique de teinture particulière, l’induction à la feuille d’argent. « La matière est beaucoup plus rigide qu’un cuir » nous explique le couturier, ce qui apparemment n’empêche pas d’obtenir une pièce cintrée.

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En toute honnêteté, je me suis moi même laissé avoir. C’est de la haute couture, alors ce grain extrêmement fin, cette texture presque soyeuse aux reflets mats, ça ne pouvait être qu’un agneau plongé ou légèrement enduit. Eric Tibusch s’amuse presque de cette remarque (on comprend pourquoi…) : « ah non, c’est du vinyle ! Ce rendu de texture, je l’ai obtenu en faisant surlaquer la matière ». Il y a de quoi s’y méprendre, mais cela n’enlève rien au design du perfecto double col ou à la veste à double ceinture d’inspiration Kimono.

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Le tweed, typique de Chanel, a toujours eu une consonance luxueuse. Jakob Schlaepfer, l’artisan préféré des couturiers comme Gaultier, s’amuse à retravailler ce genre de matière pour apporter un aspect nouveau. Ici, Eric Tibusch a choisi un tweed dévoré puis repailleté, conférant à  la laine cardée cette texture si particulière. La silhouette de gauche bénéficie ainsi du rendu  « couture » de la matière, légèrement rehaussé d’une brillance vraiment splendide. A droite, le travail est plus marqué sur l’aspect métal, avec cependant une ligne plus fluide, appropriée à ce long manteau au large col.

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Que serait la haute couture masculine sans le tailoring ? Eric Tibusch propose des pièces classiques, évidemment très bien taillées, mais affirme également une vision plus personnelle du costume. Une veste sans col toute en courbes dessine une silhouette cintrée et parfaitement structurée, presque dans l’esprit d’un boléro. Les manches longues découvrent les mains par de grands revers à la texture brillante, en rappel de la cravate et du noeud papillon, étonnamment superposés ici. Un travail assez somptueux, témoignant d’une maturité et surtout d’une fraicheur particulièrement appréciable dans la plus haute sphère de la mode.

La rencontre : Eric Tibusch, le designer.

Pour être tout à fait honnête, je ne pensais pas arriver jusqu’à ce créateur, pourtant très accessible. Mais finalement, c’est encore mieux car l’échange s’est déroulé de façon très spontanée, et je tiens à le remercier pour cette disponibilité assez hors du commun dans ce milieu. Nous avons abordé sa conception de la haute couture et de la mode masculine en général.

Vous êtes l’un des rares à faire de la Haute Couture pour Homme. Est ce que c’était, dès le départ, une volonté de votre part ?

« Oui bien sûr, car aujourd’hui les Hommes aiment plus que jamais ce qui est beau, alors la Haute Couture, symbole de l’excellence, c’était une issue logique de mon travail ». 

Ce qui est amusant, c’est que justement comme vous le dites, Haute Couture = excellence, notamment au niveau des matières. Vous prenez le contre pied de cela en « osant » le synthétique là où vous auriez pu mettre du cuir. 

« D’habitude je n’utilise que des cuirs véritables, comme le crocodile, et notamment du porosus qui est le plus beau. Cette fois-ci, j’ai voulu jouer avec les matières. Pas de croco mais un veau imprimé et travaillé à l’induction de feuilles d’argent, également du vinyle surlaqué pour lui donner l’aspect de l’agneau sans en être… Je suis parti volontairement sur l’artifice, il y avait vraiment quelques pièces pour homme que j’avais envie de travailler sur des matières fausses »

Finalement, vu ce que vous me dites, à jouer à ce point sur les matières, je serai tenté de dire que vous vous rapprochez d’une conception italienne de la mode homme, où les toiles (Piana, Zegna…) et les cuirs (Trussardi, Versace…) sont particulièrement mis en avant.

« Ce doit être mon côté Corse, j’ai grandi dans cet état d’esprit ! Aujourd’hui les hommes, même s’ils sont plus classiques, veulent de belles matières : des popelines somptueuses, de la soie, et même de la vigogne, lainage extrêmement luxueux. Je suis là pour leur apporter cela, alors je vais chercher mes matières chez Loro Piana en Italie, ou mon tweed chez Jakob Schlaepfer… »

Il est vrai que la mode pour Hommes se « démocratise » dans le sens où nous assumons cette recherche du style, de l’élégance et même du luxe en général. Et si je vous disais que des personnes comme Beckham, quoique l’on pense de leur style, ont participé à cela ? 

« Vous avez raison, et je lui dis merci ! Les hommes comme Beckham (mais il n’est pas le seul) ont montré que la mode n’est plus l’apanage de la communauté gay, même si elle a permis l’émergence de la mode masculine. Aujourd’hui, le vêtement est un outil que l’homme utilise pour plaire à la femme, c’est indéniable ! Et pour être honnête, je pense même que dans les 10 ans qui vont venir, le marché masculin sera plus fort que le marché féminin. Tous les indicateurs qui ont pu être mis en place aux USA tendent vers cela, et j’en suis certain »

Et vous pour la suite, qu’envisagez-vous ? 

« Eh bien cela reste « entre nous », mais je prépare une ligne de prêt à porter pour homme ! »

Une date de prévue ?

« En mode les choses bougent beaucoup, vous le savez… Mais j’espère être prêt pour l’hiver 2014 »

Commentaires

  1. Affreux!!! On dirait des défilés de fin d’année d’une école de mode de pas très haut niveau… ça c pas de la mode !!!! C hyper scolaire!
    Beark j’m rien … Déjà la haute couture féminine n’a plus de sens mais lors la masculine et faite comma ça….. vraiment je ne la souhaite à personne.
    Désolé Modissimo vous n’y êtes pour rien et merci pour cet article , mais c’est trop moche ce que j’ai vu pour que je me taise.

    • Romain Rousseau

      Merci pour votre retour, auquel je me dois de répondre cependant…Je comprends que vous puissiez ne pas aimer le style, mais de là à dire que « la haute couture n’a pas de sens »… C’est totalement démesuré ! La haute couture est un laboratoire d’innovation qui a un impact considérable sur la mode en général. Regardez les matieres (tweeds innovants, gallons…) chez Chanel, admirez le monstrueux travail de construction et de broderies de l’Atelier Versace, appreciez les somptueuses silhouettes de G Chakra… La virtuosité de celles et ceux qui conçoivent la haute couture est sans pareil dans ce monde, et l’excellence des matières n’a pas de limites. On peut ne pas aimer le « style », mais on ne peut renier ou minimiser le travail absolument et indiscutablement exceptionnel qui est réalisé pour créer la haute couture.

  2. Article très intéressant.
    Les deux créateurs ont vraiment une vision pertinente de la mode masculine et de ce vers quoi elle doit tendre.
    De plus, les choix de matières sont vraiment impressionnants.

    • Romain Rousseau

      Merci Jeremy. C’est vrai que l’univers de la haute couture permet généralement d’exploiter voire carrément de créer des matières assez spectaculaires. Bon, par contre en terme de prix c’est assez pharamineux, même si en Haute Couture c’est un détail que l’on n’aborde pas.

      • J’ai assisté au dernier défilé Gustavo Lins, il avait fait un travail spectaculaire sur des cuirs, ciselés probablement au laser, sous forme de tablier etc ..
        Par contre en effet, je préfère ne pas connaître le prix de ce genre de pièces !

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