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A Paris, la Fashion Week Automne Hiver 2015-16

A Paris, la Fashion Week  Automne Hiver 2015-16
Romain Rousseau

Paris clôture les semaines de la Mode masculine en Europe… ou les enterre, plutôt. Telle une diva aux humeurs variables, elle nous joue là un drame lugubre et glacé. Un hiver caricaturé, trop proche d’une réalité que l’on aimerait pourtant fuir…

La morosité, l’obscurité, la mort : ni plus, ni surtout moins. Le noir s’abat sur la sur la mode de Paris et ses couleurs telle une ombre macabre. Mysticisme, sorcellerie, hasard : ce deuil général survient dans un bien curieux moment, à quelques semaines d’évènements douloureux. Quand la mode se fait métaphore de la société, les podiums deviennent la scène d’une éviscération stylistique faisant couler un sang d’une noirceur glaçante. Si le vêtement est vu quelque part dans le monde comme vecteur de messages politiques et sociaux, c’est bien à Paris : l’inégalée révolution initiée par les génies de l’antifashion retrouve, en ces jours, un ubéreux écho.

La mode peut-elle se permettre de calquer une réalité si sombre ? A-t-elle le droit de se faire reflet d’une période si morose et triste ? Oserait-elle ne plus faire rêver ? La réponse semble affirmative. Heureusement, la beauté est partout, même dans le deuil et la tristesse. Thom Browne en fera la démonstration. Gentlemen, tardivement mais intensément, la fashion week de Paris Automne Hiver 2015-16.

Carnet de tendances

Beaucoup trop populaire, le noir a longtemps été la…bête noire de la mode. Cette non couleur aurait été remplacée dernièrement par le gris, le rouge ou le bleu marine. Cela règle-t-il le problème de la « banalité » ? Assurément non, car si ces couleurs deviennent l’alternative adoptée par tout le monde, le résultat est le même. Cette saison, vous l’aurez compris, black is the new black : plus qu’un consensus, c’est un véritable plébiscite ! A tel point que j’ai décidé de traverser avec vous les tendances repérées à Paris uniquement à travers le spectre du noir. Peu importe ce que vous aurez envie de porter l’hiver prochain, il en existera forcément une version déclinée à partir de la plus sombre des couleurs.

Total look

total

White Mountaineering, Lemaire, Yohji Yamamoto & Chalayan.

Les puristes d’abord ! Quitte à mettre du noir, certains vont jusqu’au bout et optent pour le total look, « head to toe ». White Mountaineering imagine une version « active » du noir avec un blouson technique à enfiler, pourvu de nombreuses poches plaquées ou fendues. Rien d’étonnant à cette conception pratique du vêtement dans la mesure où la marque japonaise se résume en trois éléments : One, design. Two,utility. Three, technology. Christophe Lemaire fait du pratique à sa façon, en épurant ses silhouettes de toute forme de détails superflus. Sa veste de smoking est uniquement noire, rien de plus, alors que Yohji Yamamoto va avoir tendance à en rajouter. La veste se compose ainsi d’une première couche sans manches, agrémentée d’applications rondes en gomme, auquel s’ajoute une seconde couche contenant les manches. L’on attendait Hussein Chalayan avec une collection techno, mais il n’en est rien : contentons-nous d’un pantalon ajusté rentré dans des bottes biker et d’un manteau à la fermeture asymétrique. On regrette, à part chez ce dernier, la faible intensité du noir, magistrale lorsqu’elle est présente sur la totalité d’une tenue..

Colors touching

couleurs

Berluti, Dior Homme, Damir Doma & Haider Ackermann.

Ne pouvant se résoudre à une complète soumission au dictat du noir, certains designers ont affiché leur résistance à travers des touches de couleurs plus ou moins marquées. Dans une quasi discrétion, Berluti place autour du cou un foulard bleu vif pour rompre la belle profondeur d’un ensemble autrement totalement noir. Pour Dior Homme, il faut presque un 50/50 entre noir et couleur, d’où la présence d’une longue veste sous le costume, marquée de motifs jaune et gris. Damir Doma et Kris Van Assche semblent sur la même longueur d’onde, le jeune créateur d’origine croate ayant placé un pull fin d’un superbe jaune solaire sous un grand manteau. En créant un perfecto bi matière cuir et laine, agrémenté d’un col rouge vif, Haider Ackermann répond par l’affirmative à la question que se pose Jacques Brel « Le rouge et le noir ne s’épousent-ils pas ? ».. Finalement, plutôt que contrarié, le noir est valorisé par ces vives incursions pigmentées dont on apprécie la fraicheur !

Peau noire, masques blancs

cuir

Cerruti, Phillip Lim 3.1, Balenciaga & Lanvin.

Le titre de l’ouvrage écrit par le psychiatre Frantz Fanon pourrait être illustré par ces divers clichés, tant l’opposition entre cuirs noirs et mines blafardes, pour ne pas dire blanchâtres, est flagrante. Cerruti a conçu une veste bi matière, alliant drap de laine et cuir surpiqué, créant ainsi une intéressante dualité de textures. Plus technique encore, Phillip Lim habille un top en grosse maille façon filet d’un bomber de peau plongée aux volumes généreux. Autre effet de texture, celui de ce manteau Balenciaga en cuir suédé à la belle teinte noire et profonde…décidément, le velours qu’il soit tissu ou cuir sert magnifiquement cette couleur charbon. Lanvin explore des lignes beaucoup plus droites avec un cuir reconstitué et contrecollé, rigide à souhait. Saluons la netteté de ce pardessus grâce à la précision des bords francs !  Plus que jamais, le blouson de cuir noir s’impose à votre penderie…

Brillance au pluriel

brillant

Dries Van Noten, Raf Simons, Junya Watanabe & Balmain

Centre de toutes les attentions et de toutes les tendances, le noir brille, au propre comme au figuré. Plusieurs moyens pour y parvenir. Le satin soyeux de Dries Van Noten est caractéristique de cette légèreté très féminine. Un parti pris osé, pour le moins ! Raf Simons préfère utiliser le vernis pour « glacer » une parka au col sur-dimenssionné… Au moins, c’est imperméable. Le tissu technique noir utilisé chez Watanabe a la brillance typique de ces doudounes qui ont fait fureur en Italie : extrêmement léger, ce type de tissu a l’avantage de permettre la confection de pièces lights. Niveau esthétique, c’est une autre histoire, quoique Balmain relativise ce constat. Avec une matière enduite à l’aspect glossy surnaturel, la marque française signe un look particulièrement fort et voyant. Concluant ? Pas si sûr !

Horizontales, verticales, en biais. 

Kenzo, Hermès, Givenchy & Walter van beirendonck.

Kenzo, Hermès, Givenchy & Walter Van Beirendonck.

Les rayures font régulièrement des apparitions plus ou moins remarquées sur les podiums… L’on sent plus de conviction dans leur utilisation à Paris, à commencer par Kenzo et son combo fines rayures verticales sur un manteau noir – bien entendu – et un pull aux rayures horizontales et multicolores. Hermès et Givenchy se contentent de versions plus basiques de flanelle rayée : varsity jacket façon tailleur pour le sellier français, costume avec jupe pour la marque tenue par Riccardo Tisci. Si l’on veut une façon originale d’utiliser les lignes, il faudra aller voir du côté de Walter Van Beirendonck : son superbe poncho vient littéralement « poser » les rayures sur la silhouette, comme si elles flottaient autour du corps. Superbe idée, superbe réalisation !

Printed

prints

Comme des Garçons, Viktor & Rolf, Thom Browne & Sacai.

Opter pour le noir ne signifie pas choisir de l’uni, surtout lorsque l’on choisit des toiles aux textures relativement simples. Comme des Garçons lacère le noir de lignes blanches et « dynamise » un blazer sinon très basique. Viktor & Rolf ajoutent à une maille noire quelques petites touches d’imprimés par ci par là, effacée par un noir qui prend facilement le dessus. Thom Browne est plus prudent, à sa façon bien sûr, en apposant…des baleines et des tortues sur un manteau à emmanchure raglan. Une ironie toute particulière dans le contexte d’un défilé reproduisant une cérémonie funéraire. Le print animalier aurait eu sa place parmi ce repérage de tendances : les tâches léopard de ce manteau Sacaï parleront au nom de tous les adeptes des imprimés sauvages ! Abstrait, partiel, amusant ou rugissant, peu importe : les imprimés seront là de toute façon l’hiver prochain !

Longs, grands et noirs manteaux

manteaux

Acne Studios, Alexander Wang, Julien David & Issey Miyake.

C’est officiel : le manteau croisé a cédé sa place de pièce phare du vestiaire hivernal au profil du long pardessus, décliné dans une infinité de versions. Revival de Colombo, ce long manteau en toile ceinturé s’impose en incontournable de la collection Acne Studios. Wang fidèle à lui même, mixe l’urbain au sportwear en un manteau massif et texturé quand Julien David occulte toute excentricité à un simple pardessus en drap de laine. La couleur, d’habitude omniprésente chez Issey Miyake, s’est étonnamment raréfiée de sa collection, à l’image d’un total look noir enveloppé dans un manteau aux notes sombres et contrastées. S’il y a une pièce dans laquelle investir l’hiver prochain, c’est incontestablement le manteau long. Britaniques, Italiens, Français et, à n’en pas douter, Américains, tous plébiscitent incontestablement cette pièce d’outerwear comme pilier de la saison.

 

Focus on…

Thom Browne

Peut-on faire de la mode en s’inspirant de tout ? Nombreux sont les créateurs à avoir repris les codes du dressing militaire par exemple, avec tout ce que cela peut impliquer en terme de valeurs et de morale. L’obscénité, et même la pornographie – si absurdement qualifiée de « chic » dès lors qu’elle est accompagnée du logo d’une grande marque – marquent, encore aujourd’hui, la mode. Mais qu’en est-il de la mort ? Peut-on décemment, mais frontalement faire référence à la mort dans un défilé de mode ? Thom Browne vous répond.

browneDès le début, on remarque une certaine pudeur dans le traitement de la mode par Browne : ses longs pardessus ou ses costumes apparaissent étrangement assagis. Les chapeaux haut-de-forme donnent aux tenues cette allure spéciale de choses percluses, passées. Le macabre ballet défile aussi sous une brillante neige noire, incarnation de « cette obscure clarté qui tombe des étoiles » tirée du Cid de Corneille. La complainte langoureuse et rauque des violons suspend le temps, empêchant presque de se concentrer sur le vêtement…

browne2Des silhouettes féminines apparaissent telles des visions hypnagogiques, interrogeant sur leur caractère réel. Mais ce ne sont autre que les hommes de Sir Browne, androgynes dans leurs tailleurs jupes en tweed ou tissu jacquard. Leur genre se cache derrière les voiles du deuil, empêchant le regard de se poser sur ces visages que l’on croit angélique, mais que l’on devine masculins… Femmes ou hommes, quelle importance lorsque tout est si mirifiquement réalisé.

browne3Certains looks ramènent à la réalité lorsqu’ils nous donnent envie de les porter, à l’image de cette cape de laine suggérant un col de costume et des poches plaquées façon tailleur Chanel. Le matelassage très fin d’un blazer apporte une luminosité crépusculaire là où une fourrure rasée brille avec insistance. Et nous voudrions que cet enterrement factice ne se termine jamais, tant il nous inspire, tant il nous fascine… Les mouvements voluptueux et répétitifs des flocons anesthésient l’esprit, quand il faudrait rester lucide pour profiter complètement du spectacle se déroulant sous nos yeux. A mesure que l’on émerge de cette coupure spatio-temporelle salutaire dans le rythme effréné de la fashion week, on réalise combien, une fois de plus, Thom Browne est foncièrement génial. Abordant un thème sordide, il a su s’envelopper d’une certaine pudeur pour partager sa vision de ce qui n’est plu, ou plutôt de ce qui a été. Cela confère à la collection un caractère inaccessible, lointain, à tel point qu’il devient difficile de s’imaginer faire autre chose que d’admirer le vêtement. Est-ce que la puissance artistique du défilé ne serait pas un frein à son succès commercial ? Cela importe peu, Thom Browne nous a offert un autre grand moment de mode.

Juun J

Juun J signe, une fois de plus, un véritable chef d’oeuvre. Une énième ré interprétation des codes militaires ? On pourrait le croire, tant ce registre a été épuisé au fil des saisons par un nombre incalculable de créateurs. Voilà pourquoi il est une vraie performance de proposer quelque chose de nouveau, même si le créateur coréen a, de toute façon, créé son propre style.

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La façon controuvée dont le créateur exagère les volumes caractérise son travail : de l’oversize, nous en avons déjà vu, mais jamais aussi abouti. C’est à dire que jusqu’aux poches et aux pattes des fermetures, les dimensions vont éclater. Le bomber kaki annonce des épaules spectaculaires toutes en courbes, dessinant un cercle sur le haut de la silhouette, maintenu par un pantalon en gabardine militaire aux poches imposantes. Même principe pour une version bleue à l’imposant col de marmotte. Mais l’on peut aller plus loin avec cette dernière tenue : voyez comme le pantalon est maintenu par un épaisse sangle dessinant la taille. En haut, une bien étrange blouse plaquée de maxi poches à rabats terminée par une encolure qui n’est en fait qu’une simple fente.

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Attaché à revisiter aussi le vestiaire classique de l’homme, Juun.J passe à la moulinette quelques pièces emblématiques telles que le blazer ou le par dessus. Les épaisses toiles de coton ont été sélectionnées pour confectionner des vestes extrêmement strictes, comparables à des armures sartoriales. Toujours beaucoup de kaki mais avec plus de nuances, tirant vers des teintes plus froides encore. Petit spencer croisé, par dessus structuré par d’immenses porches ou long blazer fusionné avec de la toile militaire : voici des pièces plus évidentes à porter, mais toujours aussi racées.

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Les manteaux, horions gracieux de la collection, cristallisent les diverses inspirations de Juun J. Le trench oversizé à l’extrême fait descendre sur les épaules un col en fourrure et découvre de multiples doublures. Et lorsqu’il est question d’exagération, la patte de fermeture de ce manteau long et noir (pas loupé) définit la notion de paroxysme : elle est absolument gigantesque, à l’image de ce col de géant. Mais le chef d’oeuvre est une fusion entre un blouson militaire et manteau très long en drap de laine noir. On ne peut que saluer le superbe effet de cette collerette posée sur les épaules comparable à celle que l’on trouvait sur celles de guerriers médiévaux. L’allure générale de ce long manteau greffé de manches kaki est tout simplement exceptionnelle, et même ce gamin frêle et imberbe a eu, le temps d’un passage, la carrure magistrale d’un empereur régnant sur d’infinies contrées urbaines.

Juun.J est un talent chimiquement pur : les commentaires autour de son défilé sont assez superflus finalement. Il sait raconter quelque chose à travers sa mode, ce qui est devenu rare au milieu des multiples usurpations courantes dans ce milieu. Il n’y a pas de podium spectaculaire, pas d’artifice, juste des spots et un sol de béton pour laisser toute la place au vêtement. « J’ai créé un style parce que s’il fallait créer une mode à chaque saison, je ne m’en sortirai pas ! » disait Gabrielle Chanel… Et nous voyons aujourd’hui à quel point cela lui a réussi !

Lanvin

Ambiance toujours très particulière dans grand hall de l’Ecole Nationale des Beaux Arts… Faïences, statues, verrière et légère opacité dans l’air : un décor chargé d’histoire, chargé d’art. Tâche ardue que celle consistant à honorer ce somptueux lieu, mais force est de constater que le résultat est satisfaisant.

Lanvin 1Moins de noir chez Lanvin qu’ailleurs, la preuve par les nuances de gris béton ou gris souris, avec motif prince de Galles. Dès les premières secondes, la veste sans encolure à poches plaquées s’est révélée très percutante. Inévitablement, la petite veste noire de Chanel vient à l’esprit sans que l’allure androgyne du mannequin ne contredise la féminité de cette pièce. Quand bien même, elle reste la pièce à retenir de cette collection, même si le blouson à poches ou le manteau à emmanchure raglan n’ont pas à rougir.

lanvin2Au fur et à mesure, les manches raccourcissent jusqu’à l’arrivée d’une blouse blanche ample. Elle est associée à un pantalon à plis amples lui aussi, tombant en plis généreux sur la chaussure dans une allure pataude. Puis les manches disparaissent purement et simplement, rappelant à tout le monde la fraicheur des bourrasques de vent subies à l’extérieur. La première silhouette au col cheminée interroge, mais la seconde, de façon étonnante, impressionne. Paradoxal vous dites ? Pas tant que cela : si les emmanchures découvrent des bras relativement décharnés, elles dessinent aussi sur cette dernière silhouette des épaules magistrales, et sculptent un buste puissant.

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L’esprit Lanvin est très lisible cette saison, témoignant d’un travail particulièrement rigoureux, par contraste avec de précédentes collections beaucoup plus mitigées. Il s’agit de proposer : des cuirs, des chemises imprimées, des vestes, des pantalons, des motifs, des accessoires… Le choix est vaste, et je finis par me prendre au jeu de ces superpositions fantasques. Une collection éclatée, mais inspirante : après tout, la fin ne justifie-t-elle pas les moyens ?

Dior Homme

Il y avait, pour tout le monde, une certitude au défilé Dior Homme, tenu au Tennis Club de Paris : la collection sera florale. L’invitation – un carton sur lequel ont été plaquées des capsules fleuries – était  éloquente. Il était donc évident que cet épais rideau noir s’élevant au milieu et sur toute la longueur du catwalk allait se lever pour découvrir quelques surprises florales. Surprise, oui, assurément, florale, non, certainement pas. Sous nos yeux vraiment ébahis est apparu un orchestre linéaire, dont les membres portaient des sneakers blanches et costume noir. Immédiatement, nous reconnaissons les notes vibrantes du morceau Landsc Apes, par Koudlam…déjà entendu chez Chanel pour son défilé Haute Couture Automne Hiver 2014-15 !

DiorPrenant littéralement les musiciens pour inspiration, Van Assche débute le défilé par plusieurs tenues de chefs d’orchestre, modernisées par quelques casquettes et souliers épais. Smoking ou queue de pie : l’élégance rafraîchie de ces modèles fonctionne très bien. Le tailoring se fera plus rare à mesure que l’on avance dans la collection, et seuls quelques costumes clairs à motifs prince de galles feront une apparition remarquée. L’un dispose d’une veste particulièrement longue déséquilibrant savamment la silhouette terminée par des sneakers à semelle jaune.

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Ces incursions de jaune vif sont l’un des éléments phares de cette collection comme en témoigne ce manteau pied-de-poule quadrillé de lignes éclatantes. Pas d’exception à la tendance du manteau long, poussée à l’extrême dans une version soyeuse et ardente descendant juste au dessus des chevilles. Notez là encore la présence de sneakers. Un blouson en peau retournée porté sur une chemise, ceinture et pantalon de smoking rajeuni considérablement ce look guindé…

dior2Et puis bien vient un moment où le casual s’assume jusqu’au bout, des pieds à la tête. Les plus représentatifs de cette décontraction maitrisée sont les joggings en agneau plongé : la souplesse de la matière est une bénédiction pour ces superbes pièces. Un gilet zippé serait très ringard sans un bleu électrique absolument superbe et irradiant, rendant bien fade le sweat à encolure ronde numéroté. Petite veste en denim à poche plaquée pour rappeler que cette matière est très présente chez Dior Homme depuis plusieurs saisons maintenant. Enfin, mention spéciale pour le jogging en flanelle rayée, parfait twist entre symboles d’une élégance vieillotte et modernité maitrisée.

La scénographie exceptionnelle du défilé permet une immersion très rapide dans une collection riche : entre les séquences tailoring et casual, j’ai pu voir un travail approfondi et totalement maîtrisé digne du nom de l’illustre créateur français. Du smart grand cru pour cette collection qui renoue avec une fraicheur certaine, sans se vautrer dans des excès faciles. Équilibrée, en un mot.

Woo Young Mi

Qu’il est agréable d’avoir pu suivre WooYoungMi dans un nouveau spleen sartorial sans fausse note, sans prétention et pourtant si réussi. Les codes de la marque ne sont peut être pas tout à fait établis encore, mais la constance de la qualité et de l’inspiration demeure.

wym1A travers chaque look transpire une rusticité nostalgique, teintée des couleurs naturelles d’un coucher de soleil. Volupté délicieuse, surprenante au début, mais apaisante. De la laine, beaucoup de laine, mais allégée pour concevoir par exemple ce t shirt en tweed à chevron… Une pièce d’une intelligence folle par la simplicité qu’il s’en dégage. Les costumes, toujours très bien taillés, flottent malgré tout sur le corps, et les pantalons déploient leurs jambes généreuses. L’ensemble inspire quelque chose de très cosy.

wym2Plongés dans la ballade perdue d’un homme au coeur de la ville, nous découvrons une myriade de manteaux, très longs -est-ce vraiment utile de le préciser ? Nous retrouvons de superbes draps et surtout d’intenses couleurs sombres comme le bordeaux, couleur chère à la marque coréenne. Et côté motif, place aux chevrons pour créer de belles textures aux matières déjà nobles. Même si le color blocking s’estompe aussi vite qu’il est venu, un bomber bicolore en rappelle le principe, magistralement servi par un mohair lumineux.

wym3Le cuir est une matière très difficile à travailler : son épaisseur et sa texture en font un calvaire lorsqu’il s’agit de confectionner des pièces nettes et précises. Pourtant, à en juger par ce somptueux manteau double face (cuir plongé à l’intérieur, fourrure rasée à l’extérieur), cela n’effraie pas les ateliers WYM, et à juste titre : le résultat est juste parfait, luxueux mais portable. Existe aussi en version double face feutrée et en sweat bi matière.

La poésie transmise par le travail de Woo Young Mi et de Chung, sa nouvelle acolyte, est remarquable. Voilà une marque ayant réussi à se créer un paysage bien à elle, peut être pas toutà fait pérennisée dans ses codes, mais néanmoins marquée par un élément constant : la qualité de la réalisation et des matières. Cette version très « relax » d’une mode luxueuse et raffinée n’a tout simplement pas d’égal, et on ne peut qu’être admiratif de la passion sincère visible à travers l’évolution de la jeune griffe.

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