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Top 5 : Fashion Week de Paris, Printemps Ete 2015

Top 5 : Fashion Week de Paris, Printemps Ete 2015
Romain Rousseau

Paris, Paris, Paris. Ah ! Paris, berceau mondial de la mode, de la couture et de l’excellence sartoriale. Paris, tes podiums sont les plus regardés, tes Maisons parmi les plus influentes, tes collections les plus attendues.

Et pourtant, estimée ville des lumières, te voilà à la peine ces dernières saisons, chahutée par de nouvelles concurrentes bien déterminées à te bousculer. Même tes fidèles de la première heure abandonnent ces moments magiques que sont les défilés pour de simples séances photos. Et parmi tous ces grands « designers », que toi tu appelais à l’origine couturiers, tu te demandes combien ont été élevés sur tes boulevards, dans tes parcs ou sur tes quais ? Désormais, ils viennent tous d’Allemagne, de Belgique, d’Angleterre ou… d’Italie. Ah ! Comme ils te font peur, ces insolents italiens, faisant briller leur belle milanaise de mille feux, ou envahissant la chair de ta chair, la Haute Couture, et avec brio qui plus est. Rassures-toi, si tes détracteurs s’évertueront à te détester, tes adorateurs continueront de t’adorer. Oui, sois sans crainte, Paris, une palingénésie se déroule sous nos yeux, difficile à voir peut-être, car tu rassembles en ton sein le passé, le présent et l’avenir de la Mode. N’as-tu pas vu la virtuosité délicieuse de ce visionnaire fou Thom Browne ? L’incoercible évolution, chez ces vieilles dames, des jeunes Tisci ou Van Assche ? La belle humilité du talent Berluti ? Alors, qu’importent les tendances catatoniques de certains noms du faubourg Saint Honoré ou de l’avenue Montaigne, qu’importent leurs usurpations et leurs égarements. Paris, tu n’es plus seule panthéon des belles choses, mais, Paris, tu restes lumineuse.

Gentlemen, la fashion week de Paris, par Modissimo.

Le plus précieux : Louis Vuitton

Nous sommes à peu près tous d’accord sur la valeur des accessoires monogrammés de la Maison fondée par le célèbre malletier. Une simple toile bardée de logos, enduite de plastique et contrefaite à souhait, cela ne fait pas rêver. Et pourtant… la ligne prêt à porter Louis Vuitton est l’une des plus luxueuses, et à travers cela l’une des plus rares. Inspirée de la culture indienne, elle fait appel à des matières précieuses comme la soie, le lin, le cuir et le crocodile.

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Evidemment, les cuirs s’invitent en star des matières luxueuses, annoncés dès l’ouverture du défilé par un trench en nubuck dans les tons cognac absolument impeccable. L’intérêt du nubuck réside dans sa texture douce « peau de pêche », et on apprécie l’épaisseur de la peau venant rigidifier l’ensemble. Cette couleur chaude proche du camel réapparaitra à plusieurs reprises, que ce soit avec cette veste de cuir de veau et pantalon à plis bleu, en petites touches comme sur ce trench mohair bleu marine, on encore en teintes des sacs week ends. Une première partie somme toute assez simple, misant presque exclusivement sur la mise en valeur des matières.

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Et il était impensable, pour rentrer dans une approche plus stylistique de la collection, de ne pas aborder les combinaisons. Elles sont apparues timidement sur les podiums (chez Trussardi notamment) en juin dernier pour la saison été 2014. Invisibles dans nos rues, les voilà pourtant installées dans le sérail des fashion weeks masculines, et même littéralement mises en lumière chez Louis Vuitton. Une nouvelle fois le nubuck s’impose dans une tonalité claire de beige, peut être inadaptée car l’effet duveteux du cuir velours envenime le look d’un effet « pyjama ». Oubliant toute sobriété, la suivante est fabriquée dans un voile de soie rose framboise intense, semblable à ceux utilisés pour confectionner les éclatantes tenues traditionnelles indiennes. La légèreté de la matière joue d’une ressemblance avec une tenue de travail. Enfin, la plus ouvragée de ces « jumpsuits » brille de mille petits miroirs brodés selon la méthode shisha, adoptée par les mouvements hippies. Trois visions différentes d’une même tenue : si ce n’est pas un plébiscite…

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Enfin, M. Jones démontre une fois encore que l’élégance n’est jamais dépendante d’une quelconque formalité sartoriale. Les pantalons taille haute à plis en twill sont parfaitement accommodés de runnings en crocodile (pour la plupart) et révèlent toute leur hybridité. En haut, on identifie énormément de soie, mélangée avec du coton pour le sweat col V (remarquez la largeur de l’encolure), ou transformée en organza pour cette chemise manches courtes, profitant de la rigidité de cette matière. Les sortes de chevrons qui la parcourent s’inspirent d’un motif dit « karakoram » tirant son nom d’un massif montagneux du Pakistan.

Kim Jones a pour habitude de nous faire voyager à travers ses collections, mais dans le bon sens du terme. Ici, pas d’artifices inutiles pour donner du sens à un défilé, la démarche rigoureuse et entière de création sertit chaque pièce d’une identité unique. De près comme de loin, les broderies « shisha », les motifs, les couleurs et les matières honorent le travail des ateliers de Vuitton, capables d’intégrer à un vestiaire moderne et fonctionnel la culture ancestrale d’un pays de tisserands millénaires.


Le plus mature : Givenchy

Riccardo Tisci aime la religion, les peintures numériques de doberman et les kilts pour homme. Ce mélange initialement improbable génère une mode absconse, mêlant symboles gothiques et codes du streetwear. Typiquement ? Ces perpétuels sweats oversizes sur lesquels est imprimée une abstraite madone noire et rouge. Depuis quelques saisons, les codes du créateur italien ont néanmoins tendance à évoluer, certains restant immuables quand d’autres sont chamboulés. Lesquels ?

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En premier lieu, le tailoring subsiste comme un élément pilier de l’identité Givenchy. Sans surprise, les costumes sont nombreux sur le podium et proposés en différentes coupes. Une première veste tailleur s’arrête juste au dessus du genoux, à la même hauteur que le short lui étant associé. Plus classique, le costume aux lignes propres se trouve pourvu de plusieurs poches fendues structurantes. Enfin, la veste croisée 2X3 boutons est valorisée par des bottes lacées jusqu’au genou, impressionnantes. Rien de nouveau sous le soleil, mais on imagine mal la marque se passer de ses costumes, ne serait-ce que d’un point de vue commercial.

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La jupe repérée sous la veste croisée confirme ici sa nouvelle morphologie : elle est plus courte, plus dans l’esprit d’un tablier que d’un véritable kilt. Tisci adore les fleurs et a tendance à en abuser : remarquez ici comme elles se font plus graphiques, assagies par leur petite taille et par le noir et blanc ! Les polos voient leurs épaules plus ajustées bien que le buste conserve une belle amplitude, conformément aux codes du sportwear et du streetwear. Les bandes blanches appliquées un peu partout signent la collection de la marque Tisci, imposantes et reconnaissables entre mille. Les bottines lacées montrent plus de finesse et moins d’ostentation que leurs prédécesseurs, Givenchy nous ayant habitués à des pièces beaucoup plus grossières.

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Enfin, le passé Haute Couture la Maison a presque réussi à se frayer un chemin parmi ce travail autrement moins complexe. Pas de quoi s’émerveiller, mais reconnaissons quelques fantaisies couturières anoblissant par exemple un polo : il est doublé d’un voile noir portant les fameuses bandes appliquées. Le col et les bords côtes restant découverts, ils exposent un blanc éclatant contrastant avec l’ombre noire pesant sur le reste du vêtement. Un tank top fleuri est lui aussi superposé d’un Tshirt en tulle noir, mais brodé de fines perles nacrées, et un dernier jeu de transparence vient recouvrir un débardeur d’un voile blanc laiteux. Evidente mais pourtant rare, cette association entre travail minutieux de broderies et univers très urbain fonctionne à merveille.

Des imprimés et des jupes plus discrets, des costumes fidèles à leurs origines et une patte sombre facilement identifiable : Tisci sait où il en est. A la manière de Frida Giannini chez Gucci, il peut se permettre de faire la synthèse de ses codes afin, désormais, d’en engager la mutation. Evidemment, la transition doit se faire en douceur, mais maintenant qu’elle s’est faite remarquer avec des collections délirantes et un style très puissant, la Maison Givenchy va pouvoir mener une vie plus paisible. Nous en aurons probablement la confirmation dans les mois à venir…


Le plus branché : Carven

Depuis que Carven s’est réveillée, elle n’en finit pas d’attirer toutes les attentions. Il faut dire que comparée à certaines Maisons que l’on a tenté de réanimer comme Lacroix, Mugler ou Paco Rabanne, elle fait figure de très bonne élève avec une notoriété ayant explosée. D’ailleurs, en parlant de « bon élève »…

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A voir la cour d’école ayant accueillie le défilé, on peut se dire qu’AMI et Carven sont sur la même longueur d’ondes. Parangons de jeunesse, les mannequins sont à la limite des gamins prépubères, et le thème s’y prête. Leurs tenues pourraient presque être comparées à des uniformes d’écoliers bien sages. Bomber ajusté, sweat ras de cou et chemise graphique : bel équilibre entre sobriété et fraîcheur ! Revenant à de nombreuses reprises, les pantalons interpellent pour cette coupe près de la jambe, surtout pour leurs chevilles en côtelé élastique, référence flagrante au jogging. Une silhouette nette, suivant de près les lignes du corps tout en suggérant un sportwear sobre.

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Jouant sur les oppositions, Guillaume Henry va nourrir ses formes qui vont gagner en générosité : on peut bel et bien parler de baggy pour ce pantalon à plis en fine laine tissée grise, recouvrant presque la chaussure. En haut, sur le blouson bombardier et le sweat, les dimensions des épaules et emmanchures explosent, comme souvent en présence de la tendance à l’oversizing. Le haut et les pantalons slim maintiennent les looks dans un contraste très intéressant, souligné davantage par les couleurs noir/blanc : une association de plus en plus rare, mais totalement banalisée ici. L’impression de confort dégagée par tous ces looks est un véritable appel ! carven3Enfin à côté de cette construction binaire du style Carven, nous trouvons quelques tenues plus batardes. Le retour de la chemisette est largement confirmé, en témoignent ces deux modèles fortement inspirés du T shirt ou du polo. Le premier, en particulier, reprend la forme d’un T shirt de sport aux épaules raglan (l’emmanchure est posée à partir du cou pour éviter la gêne des coutures) dessinant un plastron noir. Le costume gris n’a de formel que la veste, contredit par le pantalon à ceinture élastique et par le gilet à col cheminée porté en dessous. Il résume à lui seul la force de cette collection, refusant de s’afficher trop formelle en intégrant d’innombrables détails sportwear. Décidément, cette tendance est absolument partout !

Guillaume Henry est parvenu à refaire de Carven une marque très branchée, rivale de Kenzo : sorties de la galaxie du luxe, elles proposent toutes les deux une gamme accessible de pièces à destination d’une clientèle jeune. On achète du Carven pour le style, non pour la valeur intrinsèque du produit. Dans le cas présent, ça n’est absolument pas un obstacle au succès de cette collection, particulièrement réussie. La simplicité est belle, elle est réfléchie et savamment orchestrée pour se révéler plus complexe à mesure que l’on examine le vêtement. Carven est décidément une Maison très prometteuse.


Le plus impressionnant : Thom Browne

Que ce soit chez Moncler ou pour son label éponyme, Thom Browne ne saurait abandonner cette folie démentielle caractéristique de ses défilés. Inlassablement, il propose à ses invités un spectacle hallucinant, avec toujours des mises en scène improbables et des décors fantastiques. Mais il faut au moins cela, car l’intensité et la virtuosité de son travail sont bluffantes.

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Les premiers modèles déroutent : on a beau s’y attendre, l’effet reste le même car Browne demeure invariablement stochastique. On ne comprendra pas tout de suite de quoi il s’agit, bien que l’on soit déjà ébahis devant ces modèles massifs et droits de vestes, construis tels des sculptures. Cependant, on remarque la présence sous diverses formes de fleurs : tantôt imprimées dans des tons pastels presque sobres, tantôt dessinées par le tissage de cette armure du futur rose bonbon. Plus vivantes, certaines sont, enfin, cousues sur les épaules ou sur les chaussettes, se mouvant avec légèreté au rythme des pas. Le pantalon à motifs tartan marqué de rouge et de blanc est totalement déstructuré, créant un décalage architectural entre les carreaux. Au cas où cela vous interroge, il y a bel et bien une poche pointue qui se trouve cousue à l’entrejambe, suggérant… Enfin, vous avez compris.

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Le délire continue. Thom Browne veut des hommes forts, et quels sont les principaux attributs des superhéros ? Plutôt que de découvrir ou de suggérer la musculature, le créateur a choisi de la recréer sur le vêtement, en l’exagérant. Une veste rose expose un matelassage bien gonflé, strié comme s’il était pourvu de véritables fibres musculaires. Les contrastes entre couleurs claires et couleurs foncées dessinent nettement les masses de muscle, même principe sur les pantalons. Cette construction unique s’applique même à un perfecto, dont il ne subsiste que la fermeture asymétrique et le col rabattu.

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Le clou du spectacle est une vraie claque. Les hommes-robots portent en effet des vestes aux volumes littéralement révolutionnaires, et extrêmement complexes. Les applications innombrables construisent une structure totalement inédite, encore plus visible sur les modèles colorés marqués de liserés blancs. Impossible de dire à quelle époque ni dans quel monde nous sommes tant ce que l’on voit sort de nulle part. Observez les fentes des emmanchures, la cochlée formée par les poignets ou encore les reliefs triangulaires au niveau des pectoraux, tels que Jean Paul Gaultier aurait pu les imaginer en complément de ses fameux seins coniques. La réalisation est juste exceptionnelle, certaines pièces nécessitant chacune plus de 80 éléments différents pour obtenir ce rendu architectural.

Thom Browne a dépassé le stade de la folie : il offre une vision nouvelle et unique de la mode masculine, en plus de proposer un vrai show chaque saison. A la manière d’un savant, il expérimente ses théories avec une rigueur et une persévérance quasi scientifiques. Cette collection pourrait aisément porter le nom de Haute Couture, rien de moins. Aussi démente puisse-elle paraître, nul doute qu’elle restera dans les annales et fait partie de celles que tout amateur de mode DOIT avoir vue. Impressionnant est faible pour décrire le spectacle offert par Sir Browne. Un très grand moment de mode.


Le plus convaincant : Berluti

Berluti est sans doute la plus luxueuse des Maisons bottières du monde, on ne refera pas la genèse de ses illustres patines. Le prêt à porter, en revanche, est une expérience bien plus récente et la pression pèse lourd sur les épaules d’Alessandro Sartori. Verdict ?

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Commençons par dresser un constat simple, à la limite de l’évidence : nous nous trouvons face à la quintessence du sportwear chic – rien que cela ! Cette nouvelle collection de tennis, en particulier, impose à elle seule une superbe décontraction. Les manteaux ont été conçus de façon à être fonctionnels, dans des matières luxueuses. Un pardessus à l’amplitude généreuse met à l’honneur une toile de lin ciré à la texture du papier en nuances de camel. Ses deux grandes poches appliquées lui confèrent même un côté rétro. Plus courte, plus urbaine, la saharienne se pare d’un revers de col en cuir suédé très discret, et est structurée par divers applications. Pour éviter de coudre ou de couper, les tissus sont souvent pliés afin d’épurer les lignes au maximum, effaçant presque les contours des poches. Du moins discret il y en avait aussi, notamment ce pardessus en cuir fin et rigide, évocation des patines Berluti dans une couleur fort désagréable néanmoins, un vert marécage bien triste.

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De superbes cuirs et des couleurs éclatantes : ce qui définit les souliers Berluti vaut aussi pour son prêt à porter. On ne dira jamais assez combien le cuir est une matière noble, malgré la piètre qualité des peaux que l’on peut trouver dans à peu près toutes les gammes. D’une finesse remarquable, l’un des cuirs suédé est teinté d’un rouge argile exceptionnel. Les plongés nous régalent de leurs reflets soyeux, ou comment la lumière vient délicatement flouter le cuir : le très haut niveau de qualité saute aux yeux. En y regardant de plus près, vous vous apercevrez que ces blousons aux tonalités jaune et brune sont très finement perforés en leur partie supérieure, de façon à offrir une nouvelle texture à mesure que l’on se rapproche. Complétées de pantalons droits à plis et des fameuses sneakers Playtime, ces tenues incarnent un luxe raffiné mais portable, misant sur des matières exceptionnelles. Une conception du vêtement finalement très italienne…ce qui n’étonnera personne venant de la part d’une maison fondée par un italien, et aujourd’hui toujours guidée par un italien.

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Si l’on devait synthétiser ce défilé, il y aurait une silhouette à retenir comme essentielle : une veste fluide aux épaules naturelles, un pantalon légèrement flottant ainsi qu’une paire de souliers décontractés (nous sommes chez Berluti, pas de chaussures ici). Cuirs, lin, soie, mélanges, peu importe tant que la matière est noble et la coupe impeccable. Les pinces de ce dernier ensemble bleu nuit apparaissent surteintées, effet heureux structurant la tenue sinon trop monochrome.

Le défi est relevé, à tel point que le défilé Berluti fait office de thébaïde – au sens littéraire du terme- au milieu de ce brouhaha hystérique de mode. Tout y semble savamment pensé pour équilibrer confort et esthétique, exercice requérant un atelier audacieux au savoir-faire solides. Une superbe démonstration… Mais la question émergeant, au risque d’obombrer ce joli tableau, brûle les lèvres : Berluti est-elle légitime sur le terrain de la confection ? Car aussi doués soient-ils, ce ne sont pas ses bottiers qui ont réalisé cette collection, et il a probablement fallu sous-traiter. Alors oui, le résultat est exceptionnel et très attirant pour tous les amateurs de belles choses bien faites, mais est-ce vraiment Berluti qui est derrière tout cela ? A défaut de réponse, profitons du spectacle.

Scan des autres défilés marquants


Balmain

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Par principe, nous évitons de nous attarder sur de simples présentations shootées n’importe comment. Cependant, les théophanies sartoriales sont rares chez Balmain, et lorsque le blasphème en vaut la chandelle il faut souligner. Un travail d’orfèvre a été réalisé par les ateliers pour coudre des motifs majestueux sur des vestes sans cols aux coupes splendides. Un spectacle absolument saisissant, de plus en plus rare auquel nous espérons perpétuellement assister. Les nuances de bleus utilisées sont, en prime, très rafraichissantes… Toute la « collection » n’a pas suivi, et en particulier les pièces denim affreuses, ou des modèles d’inspiration navy déjà vus mille fois. Et puis tant que nous y sommes, précisons à M. Rousteing que rivaliser de mégalomanie avec vous-savez-qui au point de choisir son sosie pour mannequin est déplacé au vu de ce qu’il a pas apporté à l’univers homme de Balmain…

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Christophe Lemaire

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Celui qui est à la tête du prêt à porter féminin chez Hermès a été choisi pour son aptitude à proposer un vestiaire sport mais néanmoins très chic. Son sens du minimalisme a ainsi joué en sa faveur, et une fois de plus Christophe Lemaire joue la carte de l’uni : blanc éclatant ou nuances de bleu sombres. Le détail de la collection à ne pas louper ce sont les poches, soit appliquées sur des vestes, soit fendues sur des chemises ou grands par dessus. En plus d’être pratique, leur présence a le mérite d’enrichir un peu ces silhouettes dépouillées.

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Dior Homme

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Van Assche est parvenu à se poser et à trouver ses repères dans une Maison que l’on imagine extrêmement exigeante. La structure du défilé devient reconnaissable, s’ouvrant sur des pièces relativement classiques pour devenir plus audacieuse en gradation. Ainsi de costumes à l’indigo superbe, l’on passe vers du denim vintage, puis des imprimés « écriture » et enfin des jets de couleurs artistiques. Cette capacité de proposer une telle amplitude artistique dans un même show était auparavant dangereuse, mais se révèle désormais bien plus intéressante. KVA a gagné en cohérence, et il sait désormais apposer soigneusement sa signature aux côtés du style de Dior. Une bien belle évolution, permise sans doute par une intelligence et une capacité à se remettre en question bien rares !

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Hermès

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La constance Hermès s’apprécie saison après saison. Difficile de se placer hors du temps afin de concevoir des pièces intemporelles, pourtant Véronique Nichanian maîtrise l’exercice avec résilience, à contre courant du cosmos mode. Beaucoup d’imprimés pour l’été 2015, abstraits bien souvent, comme celui que l’on retrouve sur cette grande cape imperméable. Les cuirs sont toujours somptueux, et un défilé Hermès ne serait rien sans son fameux cuir de reptile, nous profiterons donc d’une veste à capuche type survêtement en crocodile vert, évidemment splendide. Même si le schéma est toujours le même, on ne s’en lasse pas.

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Issey Miyake

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Ce qu’il y a de bien avec un créateur comme Issey Miyake -et son successeur Yusuke Takahashi- est que malgré la complexité des matières et des montages de leurs vêtements, le rendu reste humble. Nous sommes loin de ces collections bêcheuses et torturées, nécessitant mille explications pour guider le client/spectateur vers la cohérence et la pertinence de la démarche. Ici, les voiles rigidifiés, les tissus froissés ou les imprimés n’excluent personne et fascinent tout le monde. La raison est simple : les bleus sont tellement magnifiques, tellement profonds qu’ils nous embarquent irrésistiblement. Le beau est trop souvent méprisé à Paris, certains créateurs préférant utiliser du noir et des coupes approximatives pour se convaincre qu’ils sont « en recherche » d’un genre nouveau. Mais de belles couleurs, de nouvelles matières, des coupes audacieuses et surtout, (surtout) des mannequins souriants : c’est sans doute trop évident, mais cela fait pourtant toute la différence ici.

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Lanvin

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Il faut constamment se méfier avec Lanvin, car la frontière entre une démarche artistique avancée et le bon craquage est parfois mince, à l’image de cette collection. Vouloir représenter une forme alternative de mode (non pas de Luxe) et proposer des pièces adaptées à un rythme de vie urbain en favorisant le mouvement : voilà un concept intéressant. Maintenant, quand concrètement cela se traduit par des silhouettes féminines et rachitiques à la Hedi Slimane : non. Idem lorsqu’il s’agit de « réinventer » le padding mais qu’à l’arrivée nous avons une emmanchure cassée et approximative : encore non. Le pire est que ce choix, vu de près, a dû être très complexe à réaliser. Mais le résultat est simplement vilain et débraillé. Le style Lanvin est tout à fait légitime, ce n’est d’ailleurs pas à un blogueur d’en juger seul… mais à vouloir trop en faire, on finit par devenir illisible, voir lassant.

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Paul Smith

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Il est légitime de se demander pourquoi Paul Smith maintient ses défilés à Paris, alors que nombre de ses concitoyens ont fait le choix de retrouver Londres. Il persévère en tout cas !

Le satin est omni présent dans cette collection, apportant sa texture brillante un peu partout… nous sommes à la limite de la pyjama party ! Beaucoup de couleurs comme toujours, en colorblocking ou en jolis dégradés, mais surtout de l’imprimé avec parfois des feuilles de cannabis. Même pas surprenant venant de Sir Smith. Décontractée et visiblement confortable, cette garde robe pour l’été 2015 devrait plaire aux adeptes du mouvement hippie, représenté aussi par des lunettes aux verres fumés multicolores.

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Raf Simons

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S’il est forcé de se contenir lorsqu’il officie pour Dior, Raf Simons a pour habitude de complètement se lâcher quand vient le moment de travailler pour son nom propre. Parfois à la limite de la piste de cirque, le podium du créateur belge est, cette fois-ci, plus apaisé. Disons plutôt, moins barré. De nombreux manteaux d’apparence bien trop épais pour un été dessinent une carrure imposante et découvrent des imprimés que l’on dirait improvisés dans le dos. Nombreux costumes revisités, cousus pour certains d’innombrables boutons, et mention spéciale pour l’alliage bleu et blanc d’une tunique tailleur : coupe audacieuse et association de couleur faisant toujours mouche. Mais bon courage pour porter cela !

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Valentino

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La Maison Valentino a vraiment su rapidement se trouver une identité après le départ du créateur italien. La ligne homme est une des plus branchée de la planète, persévérant dans ses coupes oversizes, ses couleurs sourdes et ses imprimés camouflage. Tous les ingrédients de la « nouvelle » griffe Valentino sont réunis dans ce défilé, portés par une grande richesse de matières. La présence des cuirs est plus marquée que d’habitude, en t shirt ou blouson, imprimés ou brodés. On regrette vraiment, comme beaucoup d’autres shows, les tons beaucoup trop hivernaux !

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WOO YOUNG MI

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Un peu décevante comparée au show précédent, cette collection Woo Young Mi est emprunte, comme toutes les autres, de sportwear et de décontraction. Les matières extrêmement fluides des pantalons amples s’accommodent à toutes les sauces, et notamment avec un tank top ajouré dévoilant une partie du torse. Tout est oversizé et en particulier les polos, qu’ils soient en piqué ou en maille fine et transparente. Le peu de pièces formelles se constitue de blazers aux volumes très naturels, visiblement disposés à froisser, et portés avec des baskets quoiqu’il arrive ! Ca sent les vacances plus que de raison, et l’on peut juste regretter que tout soit sur le même ton.

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Retrouvez également nos reviews des Fashion Weeks de Milan et de Londres.

Commentaires

  1. J’aime beaucoup pour ma part les propositions de Givenchy, très rappeur chic !

  2. LOIC

    Une fashion week dans l’ensemble vraiment décevante. A Paris, AMI était vraiment réussi. Simple, efficace, commercial et enthousiasmant.
    VUITTON: très décevant. Le problème, comme souvent avec les maisons de luxe, est comment faire très luxe en été sans faire ennuyeux. HERMES peut faire ça très bien car c’est le style maison depuis des années mais chez VUITTON? Une collection qui ne casse pas 3 briques!

    GIVENCHY: Un best-of de ce qu’il a fait ces dernières années. Une collection sans aucun interet mais la marque continue a buzzer donc…Pourquoi pas?

    CARVEN: Petite déception quand même. J’adore particulierement le travail de Guillaume Henry et cette collection me correspond totalement (je pourrais tout porter) mais elle est où la couleur? C’est trop attendu et pas assez impertinent. J’attends un retour de la couleur chez Carven.

    DIOR HOMME: J’apprecie le fait que KVA ai définitivement rompu avec l’heritage Slimane mais DIOR HOMME n’a plus aucun impact aujourd’hui question mode. Je pense qu’il est temps pour DIor de changer de D.A. KVA a réalisé une belle transition mais hormis pour les chaussures et les jeans, qui achete du DH?

    LANVIN: Je suis un fan de Lanvin et j’apprecie leur volonté de toujours faire evoluer la mode. En boutique, c’est juste merveilleux.
    Mais il faut avouer que cette esthetique dure et presque militaire devient un peu lassante. Et vu que chez Lanvin, l’homme est aligné sur la femme, il faut attendre les prochaines saisons pour voir comment tout cela va se développer.

    BALMAIN: Le style personnel d’Olivier Rousteing ne me touche absolument pas. On dirait un cliché. Evidemment, sa mode est inspirée de son style et evidemment c’est un désastre. Le stylisme? n’en parlons pas! Open toe pour Homme? Balenciaga l’a fait en 2008 en mieux…
    Christophe Decarnin avait un style effortless. Voila pourquoi ca ne genait personne de depenser 2 smics dans ses vetements..

    • Romain R

      Je ne pense pas que Vuitton cherche vraiment à se positionner comme une griffe mode, suivant des tendances. Ils vont le faire pour ce qui se vend bien comme les accessoires et les chaussures, mais pour le PAP la démarche est différente, plus dans la volonté d’être cohérente avec l’esprit voyage de la maison. Il ‘agit de « visiter » différents types d’artisanats à travers le monde que de proposer des designs innovants/forts. Pour rendre l’analyse d’un défilé intéressante, il est important de se demander à qui il s’adresse, et quel est l’objectif de la marque à travers lui.
      Chez Dior Homme par exemple, changer de direction artistique serait une erreur monumentale, dans la mesure où après un bouleversement marqué chez la femme, le nom « Dior » a grand besoin de retrouver une certaine pérennité à travers son style, ce que Van Assche est aujourd’hui capable de proposer.

      Vu l’intérêt que vous semblez développer pour les défilés, peut être devriez-vous envisager votre propre espace d’expression.

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