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Fashion Week de Paris A/H 2014-2015

Fashion Week de Paris A/H 2014-2015
Romain Rousseau

La fashion week parisienne a un honneur à défendre. Violentée par la jeunesse de sa copine londonienne, effrayée par l’audace de sa voisine milanaise, la vieille capitale de la mode est malmenée par des approches différentes du vestiaire masculin. Autant le dire : c’est une bataille vaine et sans intérêt, les italiens, les anglais et les français ayant chacun quelques chose d’unique à apporter. En France, la mode Homme se reconnait par sa douce liberté. Affranchies des codes et des convenances, les jeunes et anciennes Maisons explorent ici une diversité sartoriale passionnante. Nous l’avons suivie pour vous, voici la fashion week de Paris pour l’Hiver 2014-2015.






Balenciaga

 

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Timide reprise chez Balenciaga, mais reprise quand même. Entendez par là une plus grande implication du designer, bien qu’en terme de quantité cela reste bien modeste et presque insuffisant pour parler de collection. Cette capsule, dirons-nous, est grise, noire ou blanche, devenant intéressante exclusivement en vertu des nombreuses textures qui y sont exploitées. En pièce récurrente, un blouson de cuir gris souris est vraiment remarquable par son aspect immaculé : servie par un grain extrêmement fin et un rigidité surnaturelle, cette pièce symbolise à elle seule toute la rigueur de l’héritage Balenciaga. La texture soyeuse incomparable du satin est mise à l’honneur par un sweat très surprenant, disposant de 2 poches zipées sur le devant : le glossy de la matière se détériore, sur le pantalon d’abord puis jusqu’aux bottines en suédé, et donc mates. Cette brillance extrême est présente aussi sur une peau de bovin rasée, beaucoup plus rêche bien sûr, mais en même temps plus nuancée dans les reflets. Un cuir très spécial que l’on voit d’ailleurs de plus en plus dans le PAP de luxe… Soulignons par ailleurs le travail beaucoup plus abouti d’un duffle coat en cracknyl, un cuir synthétique permettant de donner une texture alvéolée très originale au vêtement. On ne nous la fera pas : cette technique n’est pas nouvelle et fait même partie des grands classiques de la Maison, mais le motif géométrique quoiqu’irrégulier se révèle particulièrement novateur. Quelques pièces en tissu technique (nylon…) se font les vecteurs d’une touche sport dans ce vestiaire sinon trop formel. Côté accessoires, on note la couture surjet en métal sur les bords des semelles ainsi que les ceintures dont la boucle en passants de métal finie bien les ensembles.

Alexander Wang a bien sûr, une fois n’est pas coutume, choisi se glisser dans le costume laissé par son prédécesseur, nous proposant un travail cérébral mais néanmoins très cohérent. A quand une vraie collection avec un défilé ?

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Balmain

 

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La très snob – quoique retravaillant son positionnement – marque parisienne ne surprend jamais à l’homme. En espérant que ce soit volontaire ! Toujours les mêmes coupes de vestes courtes, à col kimono ou d’inspiration militaire avec les doubles rangées de boutons, les épaulettes… Les pantalons biker sont incontestablement les pièces les plus reconnaissables de la maison, et il est vrai que les surpiqures fines des genoux et de l’arrière structurent très intelligemment le vêtement. Mais Rousteing n’y est absolument pour rien : merci Decarnin ! Car depuis qu’il est parti, il faut bien avouer que la ligne Homme n’a connu strictement aucune nouveauté, aucun apport.

Cette saison est censée habiller un aventurier aimant voyager à travers les savanes et les montagnes, bla bla bla. Ah mais si ! Attendez, il y a une veste safari en cuir, du motif léopard et camouflage ainsi que de la doudoune. La belle affaire… Il n’y a pas besoin de tout ces superflus discours pour essayer de donner aux collections masculines une profondeur qu’elles n’ont pas,  qu’elles n’ont pas besoin d’avoir. Le style de l’homme Balmain parle de lui même, et de toute façon on aime l’héritage laissé par Decarnin. Nous ne serons pas les seuls à voir la façon dont Rousteing s’en retrouve totalement prisonnier.

Pour synthétiser, la Maison a capté un fidèle public depuis longtemps, proposant un vestiaire presque permanent d’une saison à l’autre. Finalement tout ce que nous lui demandons, ce serait de se maintenir…et d’apprendre à certains de ses vendeurs à sourire :).

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Dior Homme

 

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Les invitations de certaines Maisons peuvent être traitres, soit parfaitement neutres et peu évocatrices (Lanvin), soit très bavardes jusqu’à en devenir inquiétantes, à l’image de celle créée par Dior : un poster représentant une toile très végétale aux couleurs d’automne, un brin du muguet ainsi que de petites étoiles blanches gaufrées sur l’ensemble. De petits brins de muguet noués d’une joli ruban attendaient sur les sièges, anesthésiant l’effet de surprise tant nous étions tous persuadés que Van Assche s’était inscrit dans la tendance massive du print floral. Mais pourtant…

Il y a bien eu quelques muguets ou grosses fleurs brodées comme s’il s’était agit de grossiers coups de crayons, mais l’ADN de la collection est ailleurs. Afin d’entretenir le suspense, commençons par évoquer le tailoring, massivement présent à ce défilé. Classique au niveau des formes, quoique les cols s’avèrent particulièrement petits, l’originalité se situe souvent autour des tissages ou borderies, qu’il s‘agisse de rayures dont les espacements s’intensifient pour créer un trompe l’œil, ou encore les petits points blancs magnifiant des costumes bleu marine. Alors quelle est-elle, cette surprise, notre attention ayant été savamment détournée ? Réponse : du denim. Loin des toiles brutes ou enduites, les parkas, pantalons ou chemises se rapprochent plus d’un jean vintage à l’indigo légèrement passé, et en tout cas très souple. Un choix étonnant par le contraste généré avec le reste de la collection : lorsque Van Assche souhaite se démarquer par une matière, il va jusqu’au bout en sélectionnant généralement des tissus très techniques, mais rarement une toile aussi populaire que le bon vieux blue jean.

Sans transition, les dernières spécificités de cette saison Dior Hiver 2014 sont plus que des détails car elles ont une fonction pratique : les poches. Volumineuses en raison de leurs soufflets, fermées par pressions, elles pullulent par 4 sur des bombers en drap de laine, sur des parkas ou en solo sur une manche de veste. Ainsi pourrait-on dire qu’il a pensé à tout : du classique, des complets parsemés de broderies diverses, la surprise du denim rétro… La collection est riche et aboutie, démontrant que de manière consciente ou non, les Hivers inspirent remarquablement nombre de designers tel que notre belge ici présent.

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Givenchy

 

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On serait tentés de dire qu’il n’y « rien de nouveau sous le soleil », Tisci imposant à nouveau un street/sportwear sombre et massif. Le monde du basket accueille pour une saison le magistral designer, infiltrant par ses lignes et ses codes le vestiaire Givenchy pour l’Hiver 2014 2015. Pantalons de toile amples et droits se voient appliqués de larges bandes en cuir au niveau des poches, gagnant un relief intéressant. Toutes les silhouettes comportent une paire de baskets blanches, perforées sur l’avant et contrastées de noir sur leurs semelles, avec cette forme grossière récurrente depuis plusieurs saisons maintenant. Certains se pavanent avec une serviette de fourrure autour du cou, matière inattendue ici pour une pièce ô combien évocatrice du monde du sport. Le travail le plus abouti part des courbes noires d’un ballon de basket, très reconnaissables, structurant habilement un pantalon en toile de laine à pinces bi colore. Ce concept apparaît aussi sur plusieurs chemises, sweats et manteaux, à ceci près que ce sont des zips de métal qui dessinent le motif sur le vêtement. Il y a de l’imprimé bien sûr, mais plus de bambi ni de molosses agressifs ni de madone : les couleurs se mélangent en des motifs flous, totalement abstraits mais authentiques. Nous savons à quel point Ricky apprécie la peinture numérique, et c’est l’occasion de montrer quelque chose de nouveau, moins reconnaissable aussi, ce qui n’est pas déplaisant.

Techniquement parlant, il y a de belles choses (notamment les chemises aux plastrons travaillés), mais clairement rien d’extraordinaire. Le style Givenchy est arrivé à maturité, sa popularité atteignant dans le même temps des sommets. La question maintenant est de savoir si cela va durer, avec le risque de vraiment lasser, en tout cas de ne plus surprendre, ou si d’autres évolutions sont à venir. Le deuxième option est particulièrement souhaitable, car la mode est, par essence, éphémère : les sweats Givenchy ont envahi les rayons Zara depuis plusieurs mois, amenant dans la rue, son étape ultime, la patte d’un vrai créateur. Ce constat doit être fait, que l’on aime ou pas le travail réalisé par Tisci. Pourquoi ne pas anoblir (vraiment) le streetwear et le dark ?  Ou se replonger dans des artisanats oubliés pour fusionner deux époques ? Une multitude de pistes s’offrent au jeune Italien, qui saura conserver sa très forte identité tout en explorant de nouvelles silhouettes. Nous en sommes convaincus.

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Hermès

 

hermès1Aucun suspense, Hermès ne cherche pas à faire de la mode, simplement, si l’on puis dire, à « faire du Luxe », avec un L majuscule. Tout le monde s’est presque étranglé en voyant cette doudoune en  crocodile, louant Nichanian lorsque le vrai miracle, reconnaissons-le, vient de la dextérité des ateliers. La complexité à travailler le crocodile est aussi immense que sa beauté. C’est une peau extrêmement rude, et très exposée aux éraflures : le crocodile n’est pas une bestiole particulièrement réputée pour sa douceur. Il faut donc travailler le ventre, peau la moins rigide, en trouver des morceaux assez grands pour éviter l’effet patchwork, puis savoir les tanner et les travailler de sorte qu’ils gagnent en souplesse et surtout, se mâtifient. Quand on voit la texture, la régularité et surtout les plis formés selon les pas de cet heureux mannequin, on ne peut que saluer la maitrise de toutes ces étapes méticuleuses, à grands renforts de savoir-faire et de passion. L’émotion du beau que j’évoque parfois existe grâce à un travail comme celui-ci, mais il faut pouvoir toucher pour afficher un sourire d’émerveillement.

Presque encore plus que cette démonstration de force, les détails émerveillent. Les bords de nombreux cols de manteaux en laine sont gansés de cuirs, nous faisant passer de la texture d’un drap à celle d’une peau lisse et brillante. Cette cohabitation nous fait glisser miraculeusement de la laine au cuir et rafraichit l’image trop conventionnelle du caban. Puisque l’on en parle, les pantalons en suédé ou plongé s’affirment numériquement, quoique leur légèreté insolente fasse aussi son petit effet. Enfin, la petite note sport et techno provient de grandes parkas en tissus techniques et vestes en mélanges pour un rendu très brillant, soulignant la solidité des coupes Hermès.

En terme de couleurs (ou de non couleur justement) le noir domine très largement la collection, parsemé de marine et taupe bienvenus. On imagine néanmoins combien le très à la mode « évitez le noir, c’est trop « banal » perd tout sens face à un tel spectacle. Les vêtements parlent d’eux mêmes, mais cela vous êtes nombreux à l’avoir compris depuis bien longtemps.

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Kenzo

 

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Probablement le plus beau succès de ces deux dernières années, une remontée fulgurante que même Lacroix ou Mugler peinent à engager. Précision : cette réussite, elle n’est bien sûr que commerciale. Si on ne peut passer à côté des têtes de tigres ou des nuages sur les sweats griffés KENZO (en géant), c’est que la marque est devenue branchée, à tomber dans le mainstream. Ces sweats n’ont en effet rien de luxueux (et surtout pas la fabrication), à part leur prix, et misent énormément sur le logo et les imprimés très colorés : c’est une forme d’identité qui a son public. Mais au milieux de ses congénères, il faut bien le reconnaître : Kenzo n’a que peu d’intérêt. L’hiver 2014 2015 est étonnamment plus sobre que les saisons précédentes, il y a peu d’imprimés, énormément de pantalons tailleurs très simples, et des couleurs banalement hivernales (à quelques exceptions près). Cela bénéficie grandement aux mailles, affichant de belles couleurs en colorblocking et profitant d’un grand col en laine côtelée tout à fait à propos. Entre nous, cela étant, maintenant que Kenzo est garanti de vendre en masse ses têtes de tigres et ses imprimés « foufous », il n’y a plus grand chose à en attendre, pour le moment.

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Kris van Assche

 

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Fantaisiste, irrégulier. Chez Dior Homme ou pour lui même, l’élève modèle de la mode Belge est finalement capable du meilleur comme du pire. L’hiver dernier, il (nous) épatait avec des mix de matières et de styles sur une même pièce, l’hiver prochain il nous laissera clairement sur notre faim. Il a misé beaucoup sur des tanktops (mot hype pour parler du marcel) dans un nylon noir évoquant celui d’un gilet pare-balles, ainsi que sur l’utilisation d’une toile vernie ! La démarche n’est pas vaine, mais pas de quoi s’emballer, surtout qu’à l’inverse des montages réalisés pour la A/H 13-14, il ne sera pas évident de les porter d’une façon crédible. On aperçoit furtivement quelques nuages de pois multicolores, et un chevron oversize un peu arty bien plus tentant, mais la vraie bonne idée aurait pu être le pied de poule.

Désolidarisés les uns des autres, colorés et sizés différemment, les motifs géométriques acquièrent une dimension « cartoon » très intéressante. Le problème est qu’à part sur une veste noire très sobre, ils ne sont pas assez mis en valeur et auraient mérité une place centrale tant sur les vêtements qu’au sein de l’ensemble de la collection. On aurait pu imaginer aussi un effet trompe l’œil avec gaufrages, applications de matières ou simplement de travailler ce même motif sur plusieurs couches superposées (veste, chemise et cravate). C’est d’autant plus frustrant que l’imprimé que les chinois appellent poétiquement « envol de mille oiseaux » a été vu et revu, mais que Van Assche le configure ici d’une façon très personnelle ! Cela étant, l’ensemble reste honnête et on attend quand même avec impatience de voir comment cela sera décliné à la production.

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Lanvin

 

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Après plusieurs collections plus ou moins hasardeuses, Elbaz et Ossendrijver délivrent une vision plus solide de l’homme Lanvin… A l’image de leurs innombrables sneakers montantes, il y a toujours beaucoup, beaucoup de choses sur une seule et même silhouette. Des imprimés, des applications de matières, des surpiqûres, des asymétries, sans parler des couleurs. Il est ainsi parfois difficile de s’y retrouver, mais les 2 designers ont au moins le mérite de nous laisser un très large choix ! Comme souvent, une fois en boutique avec le vêtement entre les mains, tout apparaît bien plus clair et les détails révèlent leur finesse et leur raffinement.

Mais d’ailleurs nous allons tenter de prendre de l’avance, en évoquant tout particulièrement les détails. Avant cela, précisons simplement que dans leur globalité, les pantalons à plis épousent la jambe de très près (comme d’habitude) en taille haute ou basse, les manteaux longs sont enveloppants et sans formes pour apporter une belle rondeur à la silhouette et les chemises suivent le buste au millimètre près. Vus de plus près maintenant, les cols de chemises sont ornés de petits détails en métal argenté ou bleu représentant une main, motif récurrent de cette collection. Cela casse complètement, bien que discrètement, un classicisme sinon bien fade. Et puisque l’on évoque le métal, de petites franges s’incrustent sur les ceintures, amusantes pour leur mouvement perpétuel au rythme des pas. Niveau blousons, l’utilisation modérée de la fourrure sur la partie supérieure et les épaules est appréciable, encore faut-il tolérer ces petites franges rustiques. On aperçoit de très nombreuses manchettes en tricot de laine, choix à la fois esthétique lorsque les manches sont retroussées, mais aussi pratique par grand froid ou manches amples ! Encerclant les poignets en nombre, de petites pochettes zippées confèrent une touche sport intéressante et soulignent l’accent particulier mis sur…les bras.

Si fermetures éclairs il y a, impossible de passer à côté des boutons pression omni présents…même si on ne les voit pas, et c’est le but. On les devine sous les coutures, mais en bons représentants du courant minimaliste, ils allègent le design des manteaux. Côté sneakers, inévitables nous le disions, on sort de l’esprit running ou des grosses semelles habituelles pour aller vers un style beaucoup plus techno. Pas de lacets apparents, une semelle très sculptée et collée, mais surtout un design très structuré fait de surpiqûres, d’associations de matières et de fermetures désaxées.

Plus que dans les myriades d’imprimés, les roses flashys ou les trenchs oversize, la valeur ajoutée Lanvin s’apprécie beaucoup au travers de ces petites attentions. Ca n’est pas toujours vrai, mais face à une collection en apparence simple voire décevante, c’est très souvent en se rapprochant que l’on fini par s’y retrouver !

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Louis Vuitton

 

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Le prêt à porter LV est diamétralement opposé à l’image globale que l’on peut avoir de la marque : il est précieux, très raffiné et, surtout, rare. Plutôt qu’une démarche conceptuelle incohérente avec la baseline Vuitton, Kim Jones se concentre sur un vestiaire chic et intemporel, ponctué de sportwear et obsédé de belles matières.

Lumière sur les draps (laine et cachemire), évidemment en manteaux mais aussi en étoles posées sur l’épaule ou douillettement enfermée dans le pardessus. Oui, cela ressemble à du Prorsum, et à bien des égards. Le nombre impressionnant de mailles par exemple, rappelle le travail de la maison britannique, avec ici l’accent mis sur les angoras, dont le plus bel exemple est un pull col rond à rayures, teinté de bleus absolument splendides. Toujours en écho au monde du sport et en particulier de la voile, certains blousons ont été conçus comme des combinaisons aux épaules arrondies, et en fourrure. Une grande poche zippée appliquée sur la poitrine et les douillettes peaux retournées contiennent une sobriété autrement trop triste pour du sportwear. Enfin, belle surprise grâce à un costume croisé noir coupé par une ombre grise en sa partie supérieure, très élégante.

Niveau accessoires, les chaussures sont assez repoussantes car inspirées de celles utilisées pour la randonnée (et la voile parfois), reconnaissables par leurs lacets croisés. Les derbys ou bottines de cuir seront probablement de très bonnes réalisation, mais n’ont rien de particulier en terme de design. Seules quelques derby et keepall en crocodile ravissent, vous en comprendrez aisément le pourquoi… Bien que cette collection demeure plus classique que les précédentes et peut être un peu en dessous niveau technique, elle conserve son caractère très luxueux et reste fidèle au raffinement de la ligne. C’est déjà pas mal !

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Maison Martin Margiela

 

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Les défilés de Margiela sont souvent courts mais les lieux choisis valent le coup d’être vus : même le staff se met dans l’ambiance (blouses blanches…) et cette entièreté de la mise en scène est bien agréable. En revanche lorsque l’on voit ce qui défile sous nos yeux, on se dit que le spectateur devrait être préparé : « rien ne vas plus ».

Chaque saison c’est le même chose : cela part dans tous les sens. Essayer de rationnaliser ou de synthétiser est une entreprise vaine, et de toute façon quoiqu’il arrive « on » trouvera toujours le moyen de nous dire combien l’esprit tortueux de l’illustre Margiela habite chaque pièce. Commençons par le look réussi du show, avec un trench double face ceinturé, dont les revers rabattus laissent apercevoir un lainage très fin dans les tons ficelle. Le haut du buste et le cou sont drapés dans cette matière d’une façon très intelligente et en même temps exceptionnellement bien réalisée : une façon clairement nouvelle de concevoir le trench, pas forcément très pratique il faut l’avouer. On enchaine brièvement sur vestes et pantalons droits en flanelle prince de galle, puis on arrive sur des pièces totalement déjantées avec une espèce d’imper dans une matière brillante, bardé de boutons et de sangles. Le bleu électrique utilisé est joli… mais c’est bien la seule chose à dire. Une fourrure en vison intervient de façon tout à fait intempestive, puis laisse place à un caban noir trop grand et à un pantalon de cuir camel. Voilà.

Il y a sûrement 2 ou 3 pièces en plus du trench qui présentent un intérêt, mais là ça n’est absolument pas flagrant. Tant que « tout le monde » continue de croire que c’est génial, tout va bien. Mais nous commençons à nous lasser de ces pièces magnifiques distillées dans un fatras sartorial dénonçant si clairement un manque de sérieux dans le traitement de la ligne masculine.

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Raf Simons

 

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Entre son travail pour Dior et celui qu’il propose en son nom propre, il y a un gouffre insondable. Cela souligne son incroyable capacité d’adaptation, la presse ne cessant de louer la subtilité de ses réalisations au sein de la célèbre Maison de l’avenue Montaigne.

Ici règne une incompréhension totale sur les chaussures, ces espèces de sneakers monstrueusement grosses, dignes d’un cartoon ou d’un cirque, si bien que Simons a cru bon d’y inscrire…des conseils d’utilisation ! Difficile de se concentrer sur les pièces taguées, les imprimés galactiques, les empilements de sweats ou l’american flag, dont les couleurs interviennent à plusieurs reprises. On savait de quoi Raf Simons était capable, mais la laideur disproportionnée des chaussures est aveuglante, s’ajoutant déjà à la folie ambiante de ses collections. Ce style un peu torturé, alternatif, rappelle très fortement l’ambiance régnant à Berlin, ville/culture tiraillée entre une sévère avant-garde et une vision explosive de l’art en général. Tout à fait le genre de concept que l’on trouve très intéressant, mais chez les autres.

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Saint Laurent

 

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Hedi Slimane a gagné. La Pinault family ne loupe aucun de ses shows et revendique ainsi sa confiance en lui, et surtout les critiques se sont tues. De quelle manière ou pourquoi, cela nous l’ignorons… même si l’attitude si vindicative de Slimane n’y est sûrement pas pour rien. Cathy Horyn (incarnation de la vraie critique mode) quittant le New York Times, on se demande bien maintenant qui osera défier SAS Hédi. Des blogueurs peut être ? Car s’il a gagné la bataille médiatique, en revanche celle du style reste une perpétuelle déception. N’y voyez pas d’acharnement, mais simplement un immuable respect pour le travail d’Yves Saint Laurent, si farouchement renié depuis le remplacement de Pilati… Comment la Maison qui a révolutionné le monde du tailoring, celui de la haute couture et de l’élégance masculine a-t-elle pu s’abandonner ainsi ? Où est passée cette émotion, celle qu’Elbaz – alors élève au sein de l’atelier de la rue Marceau- a considéré comme le secret du succès YSL ? Loin…

Beaucoup diront que c’est la fin d’une époque et qu’il est normal que la Maison évolue vers autre chose, mais peut être pourrions-nous admettre que, n’en déplaise à ses actionnaires, l’empire YSL aurait tout simplement du disparaître avec lui. Car à voir les pantalons absurdement skinnys, les vulgaires vestes de smokings à sequins et plus globalement la représentation qu’a Slimane de l’homme (du moins ce qu’il en reste), rien, aucune pièce ne mérite ici son étiquette cousue du nom d’un des plus grands –vrai- créateur de tout les temps. Ce n’est pas la première fois que vous le lirez sur ce blog : il aurait été mieux pour tout le monde que Slimane ait SA maison à lui.

Qu’ils laissent le studio mythique partir à Los Angeles, qu’ils fassent défiler un mass marketing à travers ces jeans pour bad boys de garage , qu’ils vendent ces produits vus et revus sans âme… Après tout, cette usurpation d’identité n’enlèvera rien à ce qu’a accompli Yves Saint Laurent de son vivant. C’est avec un immense plaisir, cependant, que nous aimerions être à nouveau surpris par la virtuosité et la singularité de l’esprit Saint Laurent, que ce soit sous la houlette de Slimane…ou d’un autre d’ailleurs.

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Valentino

 

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Le talent de M. Garavani a toujours été à l’image de ses liftings, uv et autres coqueteries : il laisse bouche bée. Les milliards de perles déferlant sur des tulles, le rouge intense et brulant de ses soieries, la complexité de ses broderies… Pour hommes ? Là cela devient plus compliqué. Soyons honnêtes : le designer n’était pas à l’aise avec la mode masculine, bien que les costumes croisés qu’il portait en permanence aient toujours été somptueux sur ses podiums.  Aujourd’hui tout est totalement différent, et l’homme Valentino a une identité au moins (au moins) aussi forte et reconnue que la femme.

Nous avons déjà dressé un premier bilan des codes de la maison l’été dernier, et bien évidemment ceux-ci n’ont guère changé. Denim des pieds à la tête, runnings cloutés et coupes aux épaules tombantes pour les sweats et les T-shirts. L’alchimie repose sur des coupes assez simples qui s’appuient exclusivement sur les matières et les imprimés, le camouflage étant la marque de fabrique du Valentino contemporain. D’ailleurs nul besoin de le dire à la vue d’un costume en épais tweed chevronné teinté de ces nuances de vert kaki militaires. Cette saison, ça ne loupe pas : si les manteaux officiers et les pulls ont des formes tout à fait banales, les lainages et peaux affirment un caractère bien trempé. Le plus beau ? Un agneau plongé, justement, dans un enivrant rouge lie-de-vin, et tout ce qui va avec un cuir de cette qualité : reflets somptueux, tenue exceptionnelle… Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, un drap de laine chevronné double cette pièce, découvrant de magnifiques revers d’une intelligence folle. Voilà comment l’esprit si simple du caban peut donner naissance à une pièce d’exception. En règle générale, soulignons d’ailleurs que les manteaux plaisent beaucoup, y compris ceux assemblés de façon à former des motifs aux ancestrales saveurs latinos. En revanche, l’usage de fourrure apparaît totalement superflu : le jeu des contrastes de couleurs alourdi une matière déjà très massive. Vouloir mettre de la fourrure pour revendiquer un ADN luxe est vraiment dommage, cela casse un peu le travail de cette collection et montre une fois de plus que cette matière très en vogue est largement surestimée et surfaite.

Enfin, les accessoires (sources de revenus substantielles pour les marques) sont mis à l’honneur, et en particulier les chaussures très décontractées. La petite nouveauté, que l’on retrouve sur de nombreux cabas en cuir également, c’est l’application à chaud sur le produit des initiales de son heureux propriétaire. Nouveauté sur un podium Valentino, mais pas dans le monde de Luxe : cela fait des années que Vuitton, Hermès, Prada et autres maroquiniers proposent des services de personnalisation. Une manière intéressante de donner l’impression d’un produit « unique » et donc –forcément- de Luxe… en théorie. Quoiqu’il en soit, la collaboration de Piccioli et Chiuri à la tête de la maison de couture italienne (défiler à Paris c’est une chose, mais lorsque l’on s’appelle Valentino Garavani difficile de passer pour un frenchy pure souche) est vraiment heureuse car elle aura au moins eu le mérite de bâtir un style nouveau, très affirmé et surtout très apprécié !

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Woo Young Mi

 

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Je pourrai vous parler des inspirations de la designer Coréenne,  qui est parti chercher l’inspiration à travers un idéal masculin admirant les œuvres du Musée XXXX à Londres ou celui de XXXX à Borneo… Mais je ne le ferai pas pour deux raisons. Non disons trois, la première tombant sous le sens : les communiqués de presse romancent à l’extrême des inspirations qui n’ont pas besoin de l’être ! Cela rend service à de très nombreux « journalistes » adeptes du copié collé, mais c’est totalement stérile en ce qui nous concerne.

La seconde raison tient en ce point : le caractère artistique et sculptural de la collection est très lisible. Voyez ces cols de manteaux dédoublés et rabattus, créant une asymétrie toute en courbe très moderne. Ou cette encolure qu’on ne peut plus appeler col V, la convergence des bords troquant sur la toute fin sa pointe V pour une découpe ronde évoquant le trou d’une serrure. Sans oublier les applications laminées des chemises, rajoutant une brillance supplémentaire à des blancs déjà éclatants. Une fois de plus, la sensibilité de la collection jaillit immédiatement.

La troisième, enfin, est simplement que les vêtements parlent d’eux-mêmes et qu’il suffit de les voir pour constater la superbe réalisation dont ils sont le fruit. Là encore une pièce s’illustre et s’avère très difficile à nommer, la faute à une hybridation parfaite. Pour vous dire, imaginez qu’un sweat ait croisé une veste de costume dont il se serait acoquiné. La magie de leur union donne naissance à un top à enfiler comme un n’importe quel haut, mais dont la matière, la coupe cintrée les emmanchures et surtout les épaules tiennent s’assimilent clairement à l’art du tailoring. Juste génial. Cette maitrise aguiche aussi au travers de blousons en feutre monstrueusement épais, difficiles à travailler mais domptés ici pour concevoir des formes rondes, enflées.

Géniale semble d’ailleurs parfaitement approprié pour évoquer Woo Young Mi, en témoigne la présence au défilé de Suzy Menkes, très respectée journaliste de mode au look et à la carrure atypiques. Plus personne ne s’en étonne : la petite maison Coréenne est en train de forcer les portes du Panthéon des grandes maisons de mode à grands coups de fraicheur et d’avant-gardisme. Et on lui souhaite d’y rester.

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Retrouvez également les comptes-rendus des défilés homme Automne/Hiver 2014-2015 de Londres et Milan.

Commentaires

  1. pires

    Bonjour,
    Pouvez vous svp prendre deux minutes pour répondre à ce questionnaire.
    C’est très important pour moi car, dans le cadre de mon mémoire je réalise une étude sur la consommation des produits de luxe.

    D’avance merci pour votre collaboration.
    Bien à vous,
    Caroline

    https://docs.google.com/forms/d/1rOWC9MnTg5ZQUT9vnoYeOxB9YKo1QsCLgEKlT1clvGY/viewform

  2. Les collections de 2015 sont vraiment magnifiques !!!

  3. seb

    Belle revue, il manque juste AMI qui a proposé une très belle collection

    • Romain

      Je vous avoue ne pas classer AMI parmi les marques de Luxe, en dépit d’un style intéressant. Dans la mesure où il faut bien faire des choix, et qu’AMI ne m’inspire pas particulièrement…

  4. Article simplement génial et vision très juste du monde des podiums comme à chaque fois Romain !
    Cela vaut il vraiment la peine de te RE féliciter pour ces très bonnes analyses ? ;)

    • Romain

      Je te laisse trancher cette question :) En tout cas cela fait toujours plaisir, merci !

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