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Fashion Week de New York A/H 2014-2015

Fashion Week de New York A/H 2014-2015
Romain Rousseau

A New York, la mixité règne puisque les hommes défilent au milieu d’une fashion week initialement dédiée aux femmes. Nous tenons néanmoins à explorer le style des podiums New Yorkais : c’est une occasion de découvrir de nouveaux talents, et de mieux comprendre la vision émergente de la mode américaine. Gentlemen, la Fashion Week de New York par Modissimo.

Intrinsèquement casual, particulièrement streetwear mais dangereusement wearable ? La mode US est ambivalente. D’un côté, on apprécie un travail rationnel autour de pièces faciles à porter. De l’autre, on peut aussi regretter le manque d’audace d’une grande majorité de stylistes au profit d’un succès commercial certain. Beaucoup plus réceptives aux mutations des sociétés occidentales, les inspirations se laissent influencer par diverses cultures, incarnant un meltin’pot stylistique passionnant. Et c’est d’ailleurs bien logique : toutes ces marques, jeunes pour la plupart, ne peuvent s’appuyer sur une tradition ou un savoir faire comme c’est le cas pour nos « vieilles » dames européennes parfois plus que centenaires.

Finalement, on se rend vite compte que l’american fashion est tout simplement à l’image de la grosse pomme, confirmant s’il en était besoin qu’elle a toute sa place dans un paysage sartorial en plein bouleversement, les « grands » noms des années 80/90 cédant la place à une génération nouvelle.

 






Billy Reid

 

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Naturelle, raffinée, inspirée, chaleureuse… les qualificatifs sont légion à propos de la mode de Billy Reid. A l’encontre de toute cette émulation autour d’un streetwear qui se perd, il développe la vision d’un homme contemporain cosmopolite, cultivé en somme. Ce pourrait être le contenu d’un communiqué de presse, mais c’est bien mieux que cela : c’est simplement la preuve que Reid sait parfaitement comment retranscrire sa personnalité à travers le vêtement. Evidemment, les looks proposés sur les podiums sont trop chargés, mais c’est d’autant plus stimulant de sélectionner certaines pièces pour les accorder à notre guise.

Hiver oblige, les manteaux sont les pièces maitresses du défilé : l’ADN Billy Reid est ici. Alpaga, mohair, laines de mérinos, cachemires et même cuir de poulain… une infinité de matières somptueuses aux textures appétissantes, sans parler des couleurs exceptionnelles. On apprécie le pied de poule, particulièrement approprié et conférant une classe folle au drap dans lequel on s’envelopperait volontiers.

D’un point de vue plus pragmatique, nous reconnaitrons en la personne de Reid un sérieux concurrent pour Etro. A l’affut lui aussi des plus beaux tissus du globes, offrant à ses clients une bonne qualité de réalisation (production italienne et américaine en majorité), il a en plus l’avantage de rester relativement abordable, du moins juste dans la fixation de ses prix. Au milieu de toutes ces maisons misant tout (trop) sur le design et les coupes, ces grands amateurs de belles matières du monde entier ramènent à la mode une authenticité de plus en plus négligée. On ne peut qu’encourager ces beaux faiseurs à continuer de nous faire rêver par leurs merveilles sartoriales !

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Hood By Air

 
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L’été dernier nous vous faisions découvrir ce Givenchy à l’américaine qui arrivait tout juste sur les podiums. L’hiver 2015 ne sera que la confirmation d’une claire convergence avec l’esprit de Ricardo Tisci, exacerbé néanmoins par les volumes. La rue, le sport (football americain, basketball…) et même le côté architectural et spectaculaire des courants dark : notre première analyse génétique de la jeune marque est sans appel ! Cette démesure s’incarne sur chaque pièce de la collection, des tshirts manches longues aux bombers en passant par les chaussures, constituant des lignes massives et enflées : un oversizing assumé. Des mèches artificielles surgissent des crânes et donnent un côté très « sauvage » aux mannequins : de vrais warriors du bitume. Un énorme travail de corsetage/tressage structure sweats, pantalons et manteaux, bien que parfois les fermetures éclairs se chargent de compartimenter le vêtement. Aucun jean n’est épargné, et l’on retrouvera presque le « génie » constructiviste des Girbaud à leurs grandes heures de gloire. Les cuirs suédés contrastent par leur douceur avec l’agressivité du design Hood By Air, assagissant des pièces très fortes par ailleurs.

Au delà du concept que l’on a bien saisi, l’imprimé distingue particulièrement cette marque par rapport aux tendances actuelles. « Cachez ce logo que je ne saurai voir » : tel est l’absolu contraire de la démarche qui nous est présentée, car partout les trois lettres HBA sont imprimées, appliquées ou enduites sur les tissus et les cuirs. Si l’on devait encore faire le parallèle avec Givenchy, on ne pourrait nier que « HBA » se rapproche par son design du récent logo « HDG », au même titre que ces prints géants très graphiques et colorés. Un bel exemple de multi culturalisme sartorial.

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J. Crew

 
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J.Crew s’impose un peu plus chaque saison comme la marque reine de l’easywearing à l’américaine, à la manière d’un APC ou d’un AMI, confirmant l’explosion de cette mode casual revendiquée.

C’est easy par le style tout d’abord : parka à poches asymétriques, blouson teddy à col en peau lainée, jeans brut et droits, doudoune matelassée en fin denim… Rien de bien sorcier, cela saute aux yeux, mais ce n’est pas le but de la manœuvre ! Idéal pour rafraichir un peu sa garde robe et apporter ce qu’il faut de basique sans pour autant négliger la qualité ou le style.

Car c’est également easy par le prix, J.Crew ayant fait le choix de se positionner sur une gamme de prix accessible (comptez une centaine d’euros pour un jean, idem pour une chemise). C’est peut être en ce point qu’elle est la plus intéressante : suivant les grandes tendances sans pour autant les calquer, la jeune américaine offre un style avec ce qu’il faut de « in » et de durable.   Par leurs couleurs vives et motifs imposants, les pulls attirent particulièrement l’œil et engagent à se lâcher pour apporter ce qu’il faut de pep’s à la tyrannie du basico-basique !

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Marc by Marc Jacobs

 
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Pour beaucoup « MJ » est le roi incontesté de la mode américaine, sa créativité lui permettant même pendant des années d’infiltrer l’emblème du Luxe à la française Louis Vuitton. Soit la mode américaine est un ramassis de frusques minables, soit le talent de Jacobs est sans doute surestimé, du moins en matière de mode masculine. Car rares, très rares sont les pièces respectables dans les collections chapeautées par ses 2 acolytes Luella Bartley et Katie Hillier. Vous me direz, ce n’est pas en portant des jupes (20 ans après JPG) ni en posant nu (plus de 40ans après Yves Saint Laurent) jambes écartées et badigeonné d’huile que l’on peut revendiquer un titre d’icône du bon goût.

Une fois passée la phase « Ce n’est pas Dieu possible ! », la logique voudrait que l’on se laisse américaniser pour finir par un (ridicule) « WTF ». Après l’offuscation donc, l’amusement : bermudas esprit kimonos, inspirations racing et imprimés en tous genre, doudounes en plastique brillantes, runnings à la semelle crantée… Un sportwear bien cheap, digne des combinaisons JO d’Hiver les plus kitchs, la technicité et l’innovation en moins.

La vraie question malgré tout c’est de savoir pourquoi cela existe encore, et par conséquent qui achète ? Probablement des modeux complètement barrés, du genre de ceux que l’on ne voit QUE dans les files d’attente des fashion weeks et qui nous divertissent…

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Michael Bastian

 
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Bastian a de grandes ambitions, et n’hésite pas à aller très vite quitte à brûler certaines étapes. Par ses prix élevés, il tente de se positionner d’emblée comme marque de Luxe…même si le prix ne fait pas le Luxe, et vice versa. Si l’acheteur n’est pas toujours regardant sur la qualité (preuve avec le succès de The Kooples & co), proposer des chemises à plus de 300€ et pantalons au delà des 400€ nécessite de tenir la route un minimum niveau qualité… Et niveau style.

Sur ce dernier point, rassurons-nous : les costumes impeccablement taillés, les cuirs luxueux des cardigans ou la noblesse des laines corroborent la vision que le créateur souhaite imposer. D’ailleurs, nous sommes loin des ananas imprimés de cet été, dans une ambiance beaucoup plus sage et raffinée. Enfin jusqu’à ce que ressorte « l’inspiration » de cette collection… Et là nous avons le droit à l’éternel bla bla des communiqués, sauf que celui-ci en est une caricature : Michael Bastian a passé beaucoup de temps au Japon, etc. Oui, il y a des dragons brodés sur quelques pièces et un redondant satin évoquant celui d’un kimono. Mais franchement encore une fois, que du superflu, là où il n’y en a pas besoin. Ce n’est pas de cette façon que l’on devient une marque de « vrai » Luxe…

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Rag & Bone

 
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Ce n’est pas la fantaisie qui caractérise le mieux la marque en présence : ses designs sont souvent assez simples et faciles à porter, sans rien d’exceptionnel… Sauf que dans le cas présent, c’est un point positif. Mais alors qu’est ce qui fait que parfois, dire qu’un défilé n’a rien d’exceptionnel devient la pire/meilleure des critiques ? Tout n’est qu’histoire de cohérence et d’honnêteté. Là où beaucoup tentent d’afficher un esprit conceptuel et novateur qu’ils n’ont pas/plus forcément, Rag & Bone – en les personnes de Marcus Wainwright et David Neville – revendique une mode « portable », inspirée d’une tradition britannique et du macadam New Yorkais. On ne s’attend pas à en prendre plein les yeux, simplement à flasher sur une chemise qui irait super bien avec le jean APC.

Et ça tombe bien que l’on évoque la chemise (pur hasard vous vous en doutez), car certaines sont particulièrement attirantes. La première est à la croisée du blazer et du blouson, avec sa coupe droite son col français (assez fermé) et sa toile rayée : belle hybridation ! Les secondes s’inspirent d’une coupe « pyjama », amples, courtes, avec un col rabattu et fermées par un trio de boutons. Leurs manches courtes et poches plaquées sont un pied de nez au rejet ambiant de la chemisette, bien que l’interprétation livrée ici soit assez sophistiquée et loin de ce que l’on peut trouver dans les penderies de certains commerciaux en plomberie. Enfin, les manteaux très sport à enfiler se partagent la vedette avec un caban tri-matière (laine, cuir et fourrure de mouton) chargé, mais effectivement très portable. Là où l’on peut émettre un petit bémol, c’est peut être sur la fabrication qui n’est pas aussi « excellente » que la marque le dit. Mais clairement, le rapport qualité prix reste bon et les inspirations tout à fait accessibles.

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Ralph Lauren

 
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La signature de la ligne Purple se démarque notablement du reste des lignes Ralph Lauren. De haute qualité, très raffinée, en un mot luxueuse, elle est la seule à pouvoir redonner ses lettres de noblesse au maître de l’outlet (plus d’un tiers du chiffre d’affaire est réalisé grâce à une production bas de gamme spéciale destockage).

Le tailoring ultra cintré fait appel à la conception italienne du costume, alors que le veston croisé et le tartan évoquent la british touche chère à Ralph Lauren. Il est remarquable de voir à quel point le cuir sublime la doudoune ceinturée, qu’elle soit portée de façon casual ou plus habillée avec une belle chemise et un pantalon de costume. Même sans manche, elle est tout simplement divine.

Personne ne doit être dupe : tout repose sur la fabrication et comme souvent, c’est aux petites mains et aux tailleurs que l’on doit la beauté de cette ligne. Le design n’a rien d’exceptionnel, mais RL réussit toujours à rendre les pièces portant la petite étiquette violette extrêmement désirables… même si le prix devrait être un garde fou très persuasif !

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Robert Geller

 
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Que cela fait du bien de voir une vraie proposition artistique ! On a beaucoup évoqué l’omniprésence de l’urbanwear décontracté propre à New York, d’où la fraicheur qui se dégage de ces silhouettes étranges et très personnelles.  Un jeu de matières ahurissant est à l’œuvre, dévoilant au détour de vestes à poches, pantalons skinny et sweat revisités des textures surprenantes. Evidemment, on ne peut passer à côté des pièces en caoutchouc recréant l’illusion d’un cuir absolument parfait : futuriste à souhait ! Le rendu est même meilleur que lors du défilé Prorsum pour cet hiver…

Les laines sont, elles, utilisées de façon très généreuses à en juger par l’épaisseur des pantalons oversizés et l’aspect enveloppant des gilets ceinturés. Enfin, si le gris domine par ses nuances, le spectre d’un bleu pétrole et d’un bordeau se diffusent à merveille pour réveiller ces tonalités endormies. Nul doute que Pharrell Williams (le nouveau roi de la pop ?) se jettera sur ces couvres chefs bombés, grand amateur qu’il est de chapeaux improbables et démesurés.

Il semblerait juste de dire que Geller est en mesure de faire l’unanimité, avec un style très racé et une grande aisance dans l’utilisation de matières complexes. Quelque chose se passe, et si la réussite commerciale est toujours espérée par les créateurs investissant les podiums, il est clair que la maturité et la subtilité de l’expatrié d’origine allemande sont impressionnantes.

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Tim Coppens

 
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Sans déroger à la véritable dictature du casualwear régnant sur la fashion week de New York, Coppens a su se faire remarquer pour son sens du détail. Il sait construire les vêtements de façon méticuleuse et précise, quitte à risquer la surcharge, et c’est parfois le cas ici. Mais en règle générale, le dosage reste appréciable : un col de veste, une poche appliquée ou quelques zips sur des manches illustrent parfaitement cette vision aboutie et mature du design.

On notera une opposition marquée entre matières naturelles (tweed, cuir, popeline…) et  matières synthétiques des bombers et des doudounes. Le mariage fonctionne et rend la collection encore plus cérébrale. L’avantage est que la neutralité des couleurs sourdes rend très facile l’intégration de ces pièces fortes dans un vestiaire assez classique. Mention spéciale pour un gris fumée splendide, à la fois clair et obscur : il est rare qu’une couleur terne offre un si bel effet, portée en plus par un drap enroulé autour du cou.

Le travail de Coppens est légitime et il est toujours plaisant d’assister à l’émergence de la nouvelle vague (car c’est bien de cela qu’il s’agit). Néanmoins, il est indispensable d’asseoir sa vision de la mode en explorant son style encore plus loin, et nous serons ravi de suivre cela pour vous.

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Nos résumés des autres fashion-weeks de l’hiver 2014-2015 :

Commentaires

  1. Les collections 2014-2015 sont superbes !! surtout j’ai bien aimé la collection Ralph Lauren, magnifique !!!

  2. Tout à fait d’accord avec toi Léo. (A part ces affreuses petites chaînettes sur les deux premières photos!)
    Personnellement j’ai adoré le défilé Rag & Bone! Pas vous?

  3. Ralph Lauren frappe fort avec ses costumes, de très belles pièces !

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