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Fashion Week de Londres A/H 2014-2015

Fashion Week de Londres A/H 2014-2015
Romain Rousseau

Avant de retrouver les mastodontes de la Mode à Milan et Paris, petit détour par Londres qui attire, chaque année, de plus en plus de grosses pointures…jusqu’à devenir une véritable rivale pour les « anciennes » !

Londres a encore ses preuves à faire, même si désormais on ne sèche plus les défilés de la capitale, ce qui, au vu du snobisme surréaliste de ce monde « fabuleux », est déjà un énorme progrès. En grandissant, elle fait grandir avec elle de petits créateurs comme Lee Roach  et devient ainsi le théâtre sur les planches duquel s’exprime une autre mode, celle de la « nouvelle génération », une génération qui a beaucoup de choses à dire. Et force est de constater que les « grands » comme Mc Queen ou Burberry ont du soucis à se faire si l’on se base sur les collections de l’Hiver prochain. Gentlemen, le petit détour par la fashion week Fall Winter 14/15 de Londres by Modissimo.

 

Alexander Mc Queen

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Après plusieurs saisons à affiner et perpétuer l’art de son défunt prédécesseur, Sarah Burton affirme avoir voulu revenir à l’essence de l’ADN Mc Queen. Pour y parvenir, elle a organisé ce défilé dans une vieille chapelle non loin de Soho, et sorti l’artillerie lourde d’imprimés/photographies géants, de tartans aguicheurs et d’applications géométriques laminées. Et pourtant… Peut être un goût de « pas fini » ? ou de déjà vu ? Les kilts en plissé et les fameux carreaux british ramènent à nous le travail de Tisci, la sur-médiatisation aidant, voire même forçant la comparaison avec le style gothique de Givenchy. Les applications elles aussi font écho à la collection que Van Assche a dessinée pour cet hiver, alternant tonalités très sombres et applications plus claires pour structurer le vêtement. La démarche conceptuelle de Mc Queen est là, mais avec un goût d’inachevé. L’idée des prints photos est bonne, surtout que les clichés du photographe Deakin sont vraiment puissants et très cohérents avec le style de la marque. Également, on visualise bien l’aspect massif très calculé des silhouettes, les créations de McQueen pouvant très souvent être, par métaphore, envisagées comme des armures. Un « back to basics » prometteur, parfaitement approprié également, mais décevant, même sur le plan technique où, malgré des coupes très précises, la magie Mc Queen n’opère pas cette fois-ci !

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Burberry Prorsum

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Inutile de le cacher : Prorsum est la star de la fashion week de Londres, comme l’illustre la taille du podium et les centaines d’invités entassés sur les gradins. Elle a rejoint le panthéon des marques hypes et mégabranchées, à tort ou raison d’ailleurs… Le schéma Bailey est bien là, immuable et reconnaissable entre mille : des pièces très classiques (pantalons à pinces en drap noir, chaussures derby en goodyear…) ponctuées de pièces beaucoup plus fortes aussi tranchantes que des lames de rasoir. Un débardeur en résille par exemple. Ou des imprimés art & crafts, sur des foulards noués de façon étrange autour du cou, détail totalement superflus et inintéressant… Et soudainement, cet ensemble de couleurs sourdes et (dé)passées, ce sentiment d’une vestiaire étrange et intemporel génère une interrogation. « On ne se serait pas déjà vus ? ». Si, car à bien des égards cette collection chasse sur les plates-bandes de Miuccia Prada, constat particulièrement flagrant à partir du motif floral rétro et des draps jacquards de certains manteaux. Alors que penser ? Le bilan est assez mitigé. D’un côté, ce sens du paradoxe vestimentaire est explosif et remarquable. Mais d’un autre côté, si pour y parvenir il faut supporter le débardeur en résille, cela devient carrément repoussant. La balle au centre.

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Christopher Kane

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Le roi des imprimés a beaucoup séduit avec sa collection pour l’été 2014, perpétuant un art que peu savent maitriser. L’Hiver 2014 se révélera bien plus fade à ce niveau-là, Kane ayant imaginé une sorte de maquette moléculaire finalement assez pauvre. Il se rattrape haut la main avec un jeu sur les textures et volumes spectaculaire. Les tweeds des manteaux apparaissent comme des sortes d’alvéoles bicolores à la réalisation parfaite,  vraiment faciles à porter tout en s’assurant de retenir l’attention et susciter la curiosité. Très nettement, les pièces à remarquer sont les mailles, tricotées en reliefs demi-sphériques – pour rester dans le thème des molécules – poussent un peu partout sur les pulls. On imagine que dans de telles proportions, la maille n’est pas simplement gaufrée, mais que des empiècements matelassés permettent ces amusants volumes, tout de même moins évidents à s’approprier. En terme de couleurs, la palette s’inscrit en continuité avec l’univers de la marque, alternant entre tons neutres (noirs, gris…) et flashy (bleu électrique, rouge vif…). Cet essai particulièrement technique confère à la collection une profondeur en terme de recherche et d’exécution que l’on n’avait pas vue aussi marquée chez le Britannique depuis plusieurs saisons. À n’en pas douter, l’effet de surprise devrait opérer davantage au moment de toucher les pièces en boutiques. Patience.

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J.W Anderson

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Ce créateur émergeant avait déjà fait les gros titres lors de sa collaboration avec Versus, marque pour laquelle il avait proposé une collection très conceptuelle (barrée et importable). Ce style semble lui réussir puisque LVMH a récemment choisir d’investir dans sa griffe, lui permettant de se lâcher sur les accessoires, bien plus nombreux que les collections précédentes. Vous n’aurez d’autre choix que de remarquer ces cabas circulaires rigides et les chaussures en cuirs boxcalfs ou peints et vernis, souvent des mocassins, montés sur des plateformes épaisses à mi-chemin entre le déguisement et la chaussure orthopédique. Les chaussures de Spice Girls ne passent pas du tout… L’androgynie caractérise le travail d’Anderson sous l’angle de l’asymétrie, avec des tuniques en drap de laine épais, élégante mais très féminine, comme ces hauts à encolure bateau dont une manche s’ouvre dans un flottement rappelant les designs féminins d’Elbaz chez Lanvin. Certains pantacourts de lainage disposent d’un revers à la ceinture rabattu sur le haut des cuisses, et certains pulls texturés voient leurs manches bardées d’imprimés. Si l’on s’en tient à une stricte appréciation esthétique de la collection, il serait juste de dire qu’il s’agit d’une belle réussite. La cohérence est totale, la réalisation simplement belle et l’ensemble est particulièrement racé bien designé. Cependant avouons que sorti d’un podium, seuls certains fashionistos perchés auront l’audace de se rendre ridicules avec de tels accoutrements. Car souvenez-vous, même sans (trop) se prendre au sérieux, nous savons que l’élégance tolère mal les excès de ce genre.

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Lee Roach

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Nous avions, dès l’été dernier, remarqué le travail de ce jeune anglais pour l’asymétrie de ses pièces, bardées de sangles, affirmant timidement une modernité et un futurisme beaucoup moins fréquent aujourd’hui qu’il y a quelques années.

2006 et 2007 voient des créateurs magnètiser les podiums de leurs créations d’avant-garde. On peut par exemple penser à Hussein Chalayan et ses robes vivantes (littéralement) ou Ghesquière, dont la collection S/S 07 reste à ce jour (et à mon humble avis) la meilleure de sa carrière, futuriste jusqu’à l’impensable, révélant ces très rares moments où la mode devient pure magie mêlant l’imaginaire et la technique sur le podium.

Mais ne nous égarons pas. Lee Roach, donc, déroute avec cette 2ème collection très proche de la première. Doit-on y voir un manque d’inspiration ? Assurément non, disons plutôt une marque de fabrique que l’on pourrait prendre grand plaisir à scruter. Effectivement, les sangles sont encore là, et à la même place que la saison passée, retenant au niveau de la taille le pan d’une veste ou d’un top, à propos duquel on ne pourrait trouver meilleure illustration du style « dos nu ». Les vestes et manteaux ont le point commun d’être tous totalement dépourvus de cols, conçus et taillés de façon très nette, comme si le cou était une frontière mortifère à ne jamais dépasser. Les reflets cuivrés de certaines matières transforment blazers et pantalons (sanglés à la ceinture) en armures du futur dans une logique implacable. Les quelques tops sans manches révélant des bras à la musculature honorable confirment que malgré « l’ataraxie sartoriale » dans laquelle nous plonge Roach, le jeune homme d’aujourd’hui doit être un combattant. Que d’éloges, pour un novice loin d’être tout à fait rodé à l’exercice difficile auquel il se livre depuis quelques mois seulement. Et il est vrai que ce n’est pas de perfection qu’il s’agit ici, certains « détails » (emmanchures…) trahissant une confection parfois lacunaire. Mais c’est avant tout du respect qu’inspirent de telles collections, entières et fortes, conceptuelles dans la limite du raisonnable, car d’elles ressort une chose plus forte que le reste : la passion. Oui, à n’en pas douter, l’excès de compliments n’a d’égal en l’espèce que la passion, l’implication et l’intelligence de Lee Roach.

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Pringle of Scotland

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La plus célèbre maison d’Ecosse fait partie de celles dont on attend quelque chose de précis. Nous ne sommes pas contre un peu de surprises, loin de là, mais il est bien évident que les amateurs de la marque manqueraient de syncoper si le mythique pull en tartan losange venait à manquer. Il y en a un, plus proche d’un costume d’arlequin d’ailleurs, histoire de sauver l’honneur. Mais la présentation met à l’honneur une toute autre facette de la marque, résolument tournée vers la modernité. Les coupes, d’abord, très nettes et loin de l’aspect enveloppant des mailles ou bombers en lainage que l’on a pu voir les saisons passées. Les couleurs ensuite, véritable kyrielle de tons nocturnes, avec tout le mystère qui s’y rattache : bleu intense et profond, rouge brun très subtile et noir, le tout cassé d’un blanc pur délicieux. Les matières, enfin, avec des cachemires et lainages au tissage serré ainsi que des velours : un ensemble tout en reflets à rapprocher du métal comme le confirme un cuir épais à l’aspect nacré. Les cols cheminée roulés achèvent la construction d’une silhouette impressionnante et intrigante à l’univers bien singulier, loin du style ayant fait la renommée de Pringle of Scotland. La maison demeure (…) bien singulière, malgré une compatibilité plus frappante avec ses acolytes londoniennes, dont les créations sont aujourd’hui incontournables.

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Rake

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Certains créateurs savent parfaitement maitriser le véritable art de la simplicité, qu’ils agrémentent çà et là de quelques fantaisies rafraichissantes. C’est le cas du designer de la ligne Rake, particulièrement bon élève (avec tout ce que cela implique dans l’imaginaire collectif) au milieu de camarades londoniens plus turbulents. La très grande majorité des looks comporte au moins une veste, élément fondateur du vestiaire masculin. Chinée, unie, satinée, croisée, en velours… Un panel impressionnant de coupes et de matières, très cohérentes entre elles, sans prétention. Leur point commun le plus flatteu est leur impeccable réalisation, sublimant les matières dans un cercle vertueux particulièrement agréable. La fadeur, menaçante sur ce genre de vestiaire basique, se voit éradiquée de plusieurs façons, à commencer par de petites touches de couleurs chaudes, principalement du rouge sur plusieurs éléments comme des chaussettes, des plumes ou un col roulé qui dépasse. On remarque, presque cachées sous des vestes ou des manteaux, de très belles mailles tricotées de façon régulière, suggérant une trame géométrique moderne. Enfin, les nombreuses desert boots bi colores achèvent ces silhouettes naturelles mais finement sophistiquées. Clive Darby, nom peu évocateur, dégage une sérénité et une maturité à travers son travail assez rare, même chez « les autres noms plus évocateurs ». On notera également l’intemporalité générale (sauf rares exceptions) régnant sur cette collection, inspirée par des hommes authentiques, de tous âges et toutes origines, loin des éphèbes rachitiques et standardisés de certains podiums. Voici, sous vos yeux, une démonstration de justesse impeccable, ou comment un modeste designer parvient à supplanter les plus grandes marques de cette Fashion Week avec une aisance…providentielle ?

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Topman

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Le défilé Topman de la saison dernière avait généré la publication sur ce blog d’un véritable pamphlet, tout étant sujet à critique négative. L ‘Hiver 2014 marquera en ce point une rupture totale et saisissanteWaterproof sera cette collection. Dans une ambiance de pluie battante, on s’interrogera quant aux multiples applications de cuirs sur un Duffle coat et plusieurs autres manteaux, avant de bien vite comprendre que ce n’est au mieux que du PVC. Ce sont les mailles qui attirent l’attention, révélant des volumes et des méthodes de tricot complexes, presque prétentieuses, jusqu’à se rapprocher d’une dentelle surdimensionnée. La suite se constitue d’une ribambelle de matières plastifiées et excessivement brillantes, en contraste avec les toiles de laine (d’acrylique) rugueuses, matière principale du défilé. L’effet est intéressant dans la mesure où d’une part le glossy apporte une grosse valeur ajoutée à des tenues sinon très simples, et d’autre part où le caractère « pratique » de cette matière, en perspective avec le climat Londonien est indéniable. Dans cette logique, un poncho/sweat en maille enduite d’un pvc fin mais mât est sensationnel, le classicisme des torsades étant exploité au mieux par l’aspect futuriste de l’ensemble. De même, la veste croisée presque aussi courte qu’un spencer joue des effets de matières jusqu’à restructurer le vêtement. Enfin, le noir et son nouvel acolyte, le rouge, cohabitent parfaitement, là encore dans un système de balance subtil, à peine dérangés par le bleu layette de manteaux et pulls bien fades en comparaison. C’est ainsi qu’en ce jour, nous reconnaissons le travail de Topman comme remarquable. Un seul regret de taille, presque rédhibitoire : la qualité. De nombreuses vestes apparaissent vraiment mal coupées, et nombre de matières agressent par leur overdose de synthétique…le tailoring ne pardonne pas. Ainsi devant tant d’intelligence, tant de sensibilité dans les équilibres mais si peu d’égards pour la réalisation, un mot s’affirme inévitablement : frustration. Comme si un Christophe Felder, magicien-savant de la pâtisserie, se retrouvait à faire des desserts dans les cuisines d’un McDo. Bien sûr, cette qualité est cohérente avec ce qu’est Topman : une marque de mass/fast fashion ultra accessible. Mais quand même…

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Commentaires

  1. Romain,
    On vous dit sévère mais je dois dire que je suis véritablement bluffée par votre capacité à observer, déceler, décrypter et apprécier la Mode. Quel oeil !
    De mon coté, j’ai tenté de repérer quelques tendances (portables !) de l’hiver prochain pour les fashionistos pas perchés ici : http://blog.wearetheshops.com/index.php/2014/01/22/mode-homme-comment-etre-tres-beau-avant-tout-le-monde
    Si vous avez l’occasion de le lire..
    En tout cas moi, je reviendrai souvent ici !
    Bonne continuation,
    Lili

  2. Très bon résumé des principaux défilés!
    Cependant, je suis bien moins sévère que vous sur ce qui est du défilé Burberry! C’est à mon avis une réussites et je le trouve très original, même si il est vrai que les ressemblances avec M. Prada sont frappantes. Fin bon, si vous voulez en savoir plus sur ce que j’en pense vous pouvez lire mon article ici: http://striped-tie.blogspot.com/2014/01/le-defile-burberry-aw14.html
    Et comme vous, j’ai trouvé extraordinaires les jeux de matière chez Kane!

    • Romain Rousseau

      J’ai effectivement tendance à être très sévère avec les grandes Maisons, surtout lorsqu’elles donnent l’impression de prendre leurs aises, bien que rien ne soit définitif. Et loin de moi l’idée de faire consensus sur un sujet aussi subjectif que les défilés !

  3. Retour au look rétro on dirait!Originaux les cheveux!!!

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