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3 collections, 3 avis : les 3 défilés qui nous ont marqués à Paris

3 collections, 3 avis : les 3 défilés qui nous ont marqués à Paris
Romain Rousseau

Avant de rentrer dans le détail des grandes collections vues sur les podiums parisiens (après Londres et Milan), nous avons souhaité sélectionner quelques défilés qui ont particulièrement retenus notre attention. Nous vous livrons, chacun avec notre sensibilité, nos impressions et notre vision d’une collection remarquable parmi ses paires. Saint Laurent, AMI et Hermès, réunies pour mieux percevoir leurs atouts et leurs différences.

Saint Laurent, par Antoine

Saint Laurent, été 2014

Saint Laurent, été 2014

Au début, je me suis dit, tout sauf un focus Saint Laurent, ce serait d’un quelconque ! Choisissons plutôt un bon vieux japonais tordu et minimaliste pour faire cérébral…
Puis, face à la pénurie d’inspiration ayant frappé d’une main vengeresse cette Fashion Week dévitaminée, la tentation s’est faite plus grande de gloser sur les frasques de princesse Hedi, qui s’est certes attiré le courroux des cohortes modeuses, mais a au moins eu le mérite d’éveiller l’intérêt d’une exégèse, plus en tout cas que la seconde marotte de cette semaine, émulsion d’intrigues émerveillées sur la longueur des shorts chez Lanvin, sujet digne de discussion s’il en est, mais assurément trop peu touffu pour être couché sur le papier.
Ainsi donc il y a maintenant de cela quelques jours, notre franco-angeleno national nous a pondu une collection Menswear Spring-Summer 2014 pour le moins sujette à causeries.

Saint Laurent, été 2014

Saint Laurent, été 2014

M. Slimane a décidé de décalquer directement son vestiaire féminin sur ses collections masculines, sans vouloir s’embarrasser de ces si stupides et accessoires technicités de gender ou de tour de taille. Nous observons donc un ensemble compact et longiligne de rockeurs prépubères, un genre de minet famélique et péroxydé, maquillé comme une voiture volée de pute ukrainienne, avec ce rimmel bien poisseux que l’on trouve dans toutes les bonnes braderies Tati.

Saint Laurent, été 2014

Saint Laurent, été 2014

Les mises en plis et autres coupes rockabilly un peu vieillottes finissent de poser le cadre, nous sommes face à un casting plutôt saugrenu, un peu dégoutant, comme on pourrait le dire d’une backroom de boite gay ; et on oserait à peine les toucher de peur de se retrouver avec quelque substance suspecte sur les doigts. Et c’est là tout le génie de l’exercice de style de S.A.R., avoir su créer une créature monstrueuse et si peu abordée, décatie bien que si moderne, portée comme soutenue sur des échasses décharnées, enserrées de ces pantalons cigarette ultra-fit, parfois taille haute. Des chevalets sur bottines pointues qui viennent présenter la chose intéressante de l’être : le haut. Vestes 50’s, épaulées et larges, à trois boutons ou de soirée, scintillantes et chamarrées ou d’une austérité monacale, teddys 90’s, perfectos sleeveless ou classiques, blazers de parrain mafieux portés sur de micro T-Shirts impudiques, cravates texanes revisitées, trenchs en skaï craquelé, gilets de barman, foulards de cow-boy, chemises amples, incongrue veste découpée en léopard, chemisettes hawaïennes, marinières à cols échancrés, cuirs à damiers, cabans de Matrix, cravates slim, vieille parka militaire… Un joyeux fourre-tout, digne des plus illustres fripes berlinoises, qui arrive à jongler avec son image, et en devient cohérent.
Le choix est là, et ce défilé est à la fois une réussite artistique, incarnant avec justesse une silhouette finalement inédite au masculin, et une réussite commerciale qui semble promettre à l’heureux consommateur platinum une large palette d’inspiration et de facettes pour s’habiller au quotidien – à condition bien-sûr qu’il fasse un 32-fillette.

Saint Laurent, été 2014

Saint Laurent, été 2014

AMI, par Maxime

AMI Airport

AMI Airport

J’adore voyager. Chaque étape est un plaisir : le choix de la destination, de l’hôtel, la préparation de l’itinéraire…et je suis également toujours séduit par les aéroports, vitrines de leur destination, lieu de passage mais également lieu de vie à part entière.
J’ai donc immédiatement été séduit par le décor choisi par Alexandre Mattiussi pour son défilé été 2014 : celui d’un hall d’arrivée d’aéroport circa 1960, reconstitué dans l’un des espaces très industriels du Palais de Tokyo.
Malgré ce décor tout droit sorti d’OSS 117, ce n’est pourtant pas Hubert Bonisseur de La Bath que l’on voit arriver une fois le show commencé, mais un mix de voyageurs représentant chacun un hipster différent, à la pilosité plus ou moins exubérante. Ils feront l’unanimité auprès de la gent féminine présente en force dans le public (« Lui c’est mon stagiaire !« ), et force est d’avouer que c’est autre chose que les squelettes Saint Laurent.

Deal with it.

Deal with it.

Des mannequins aussi casual que leurs tenues, qui déambulent (un enfer pour les photographes) puis s’asseoient, et qui resteront sur scène après la fin du show, permettant aux spectateurs de s’approcher pour jauger des pièces présentées. Une excellente initiative qui permet d’observer d’un peu plus près le motif phare de la saison, après le carton du motif oiseau AMI cet automne : l’imprimé tropical, accompagné du plus traditionnel camo.
Pour certains, ce sera d’ailleurs l’occasion d’observer tout court la collection : la présentation se faisant face à des spectateurs debout en rang d’oignon sans gradation, autant dire que les retardataires relégués au mur du fond n’ont pas du voir grand chose d’autre que le crâne de leurs voisins.

Pendant

Pendant

Après

Après

Pas de révolution chez AMI donc : la marque reste fidèle à ses valeurs parisiennes et effortless cool en élargissant peu à peu son offre produit, ici notamment sur les chaussures, les chapeaux et les bagages, forcément. AMI est aussi un gros succès commercial et si Mattiussi a réussi à vendre des sacs à dos 300€ cet hiver, il aurait tort de se priver de faire monter les enchères.

Tommy Ton aime les chaussures AMI autant que nous.

Tommy Ton aime les chaussures AMI autant que nous.

Bref, un show qui coche toutes les cases : un défilé original et distrayant, et une collection très portable (caractéristique devenenue assez rare parmi les défilés Parisiens) mais avec néanmoins une touche créateur assez inspirée. Autant dire qu’A.P.C. ne doit pas être ravi.

Hermès, par Romain

Hermès ? Comme c’est original ! Mais j’assume, même si, je le reconnais, c’est on ne peut plus convenu de dire « Hermès, c’était génial ». Pourquoi ? Parce que cela fait 25 ans que Véronique Nichanian est là, et presque aussi longtemps que l’on adule sa vision décontractée d’un homme pourtant incommensurablement chic. Les détails ne se voient pas, la Maison ayant théorisé la notion de « détail égoïste ». Des poches intérieures gansées de cuir, un logo quasi absent du prêt à porter, ou encore l’utilisation de matières précieuses et d’imprimés raffinés pour les doublures. Tant de choses qui nourrissent le plaisir de porter le vêtement, dans une relation secrète toute particulière. Le devant de la scène, l’endroit du décor ou la partie immergée de l’iceberg est cette banalisation de l’excellence, saison après saison. Leurs cuirs sont d’une qualité inégalée et incroyablement précieux ? Les voici présentés en sweats, pantalons, cardigans, combinaisons, simples, unis, sans autre forme de procès.

La finesse du cuir velours est parfaitement adaptée à l'esprit du Tshirt.

La finesse du cuir velours est parfaitement adaptée à l’esprit du Tshirt.

...ou à celle d'une veste 3/4 bien plus élégante et luxueuse qu'un par-dessus !

…ou à celle d’une veste 3/4 bien plus élégante et luxueuse qu’un par-dessus !

Cela dit,  il est facile de mettre en valeur une matière aussi à travers la couleur lorsque, comme Madame Nichanian, on est une experte de la maitrise des couleurs du vestiaire masculin, capable de jouer sur les palettes naturelles comme personne. Pour l’été 2014, le bleu marine, layette, le vert canard mais aussi le gris ou le rouille illustrent à merveille la maitrise et la maturité de la Dame sur ce sujet…et j’exagère à peine. Quoi d’autre ? Le confort bien sûr, et la simplicité. En somme, la différence entre le Luxe et « le reste », car la beauté de la pièce ne suffit pour mériter son étiquette Hermès. Ainsi, sans artifices, les coupes des vestes, pantalons, chemises… sont rarement près du corps masculin, préférant s’en détacher légèrement pour assurer à ces messieurs un confort et une liberté de mouvement inhérents à toute pièce de leur vestiaire.

Une combi en agneau presque "passe partout".

Une combi en agneau presque « passe partout ».

Un très beau bleu, un superbe cuir pour confectionner ce cardigan. A la fois inattendu et complètement approprié.

Un très beau bleu, un superbe cuir pour confectionner ce cardigan. A la fois inattendu et complètement approprié.

Les arguments sont encore nombreux à légitimer la reconnaissance du travail de Nichanian, pérenne dans la perfection depuis si longtemps. N’oublions pas celles et ceux qui contribuent considérablement à ce succès : les artisans. Conceptualiser une collection ou un style est une chose, la réaliser en est une autre. Sur ce point les peaussiers, les maitres tailleurs, les modélistes, et les couturiers/couturières, communément appelés les « petites mains », méritent le plus grand respect comme la reconnaissance. Ils perpétuent des traditions comme ils permettent l’innovation, ils rappellent que le luxe, c’est avant tout du temps et de la passion. Made in France, cela va sans dire.

Commentaires

  1. Pardon je viens de lire le post sur les défilés Milan.
    Je m’excuse pour la partie centrale de mon précédent commentaire.
    Bravo pour l’article sur Milan!

  2. Je trouve qu’à part Saint Laurent qu’au moins dans le mal ou le bien impose un truc assez personnel à lui , les autres pfff c vraiment pas intéressant du tout!!!! Ils se contentent de faire du mignon facile a assumer bref…
    On aurait pu parle de Dries , ou Van Asshe ou Philip LIm ( j’ai adoré ) ou PRADA !!!! Superbe!!!!! Ah mais peut être qu’on en ait pas parlé des 2 derniers nommées car ils défilent pas à Paris.
    Ou Givenchy la aussi on peut aimer ou pas mais il y en aurait beaucoup a dire ( c un peu toujours la même chose mais quand même) son style n’existe nul part ailleurs. Let’s play high fashion for who does not fear people judgment !

    • Romain

      Merci pour votre retour.
      Votre commentaire met en relief 2 conceptions de la mode qui parfois se rejoignent, parfois s’affrontent. La votre repose sur un culte du design, où la finalité de la mode est perçue comme l’expression d’une identité et d’un style très forts. L’autre conception repose sur le lien immuable entre mode et luxe (au sens premier du terme), faisant l’apologie des belles matières, du savoir faire etc. Le travail de Givenchy ou Prada est intéressant du point de vue du style presque uniquement je dirai, car à part un gros travail sur les coupes et les imprimés, leurs 2 dernières collections ne se font pas remarquer pour leurs matières (popelines, mailles…). Est ce que l’une ou l’autre de ces conceptions doit être privilégiée lorsque l’on est un blog comme modissimo ? Sincèrement je ne le pense pas. Vous verrez par ailleurs que pour les défilés parisiens, je n’ai pas hésité à me pencher plus sur le style, car cette fashion week s’y prête beaucoup plus.

  3. L’article d’Antoine sur Saint-Laurent est tout simplement une extension de mes impressions sur ce défilé! J’ai l’horreur de constaté ce que va devenir une maison qui rimait jadis avec innovation, rock attitude savamment dosé, singularité qui aujourd’hui est sous l’emprise d’un Slimane complètement sénile! Le temps me donnera peut-être raison, mais Saint-Laurent sera vraisemblablement la verrue de groupe LVMH!

  4. On ne parlera même pas des mannequins de Saint Laurent … tous l’ont déjà fait.
    AMI est par contre une révélation génial de ces dernières saisons ! Un look « mode », portable, juste.
    (J’ai craqué parmi tant d’autres pour l’imprimé oiseau de la dernière collection).
    Quant à Hermes … que dire à part que certains grands savent garder leur niveau d’excellence !

  5. Saint Laurent cette saison fut vraiment au top (enfin merci à Hedi Slimane !)

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