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Officine Créative Italia : le test d’une petite marque au grand caractère.

Officine Créative Italia : le test d’une petite marque au grand caractère.
Romain Rousseau

Au milieu de marques très répandues, indépendamment de leur niveau de qualité, on peut trouver certaines maisons plus secrètes mais pourtant très identifiables. Nous testons pour vous Officine Creative Italia !

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Créée il y a 25 ans, Officine Créative se démarque par un travail assez atypique des patines de cuir. Entièrement réalisées à la main en Italie, ces bottines ont véritablement une âme très particulière. A l’heure où les critiques (peu étayées) vont bon train sur le Made in France ou le Made in Italy, de petites maisons telles que celle-ci rappellent que le savoir-faire et la passion ne se décrètent pas et sont inexorablement dépendants d’une culture, d’une Histoire. Sans tomber dans un storytelling guimauve, la dolce vita et le lifestyle à l’italienne enrichissent les artisans de ce pays aux savoirs-faire bottier ancestraux, chose qui ne s’achète pas et ne se délocalise pas, mais se cultive siècle après siècle, au delà du rationnel. Les italiens sont parfois excessifs dans leur vision du « beau », il n’empêche que ceux qui ont eu la chance de flâner à Rome, Florence, Venise ou même dans les campagnes italiennes seront forcés de reconnaître que la recherche de l’esthétisme et de la beauté est partout, dans tous les milieux. Certains pays tentent de rivaliser en terme de qualité, mais ce qui fait le luxe, ce qui fait le rare, ce qui fait l’âme de la pièce, peu l’ont. J’en terminerai ce plaidoyer en disant que sans entretenir de dogme en aucune façon, il paraît assez opportun pour une fois de reconnaître que quoiqu’il arrive, c’est dans ces petits ateliers italiens, français ou britanniques que l’excellence du soulier s’est créée, et nulle part ailleurs. « Date a Cesare quello che è di Cesare… ».

Après avoir subi un tannage végétal, les cuirs attendent ici de passer entre les mains d'un artisan.

Après avoir subi un tannage végétal, les cuirs attendent ici de passer entre les mains d’un artisan.

Si notre référentiel de la chaussure servira de base au test de ces ankle boots, vous remarquerez que l’ADN très particulier de OCI nécessite de s’affranchir de certaines règles ! Cela concerne surtout l’examen du cuir, premier élément sur lequel nous nous pencherons avant de faire l’étude du montage général et enfin de la semelle. Notez enfin que je les porte depuis quelques semaines déjà, ce qui permet de tester la chaussure avec plus de recul.

 

I)              La qualité du cuir.

Les chaussures Officine Créative interpellent par le travail exécuté autour du cuir : l’aspect vieilli et « déjà porté » est symbolique d’un style très authentique. Pour décrire rapidement le processus de fabrication, le cuir subit les premiers traitements/bains avant le montage, la chaussure est ensuite montée par l’artisan. Jusque là rien d’exceptionnel, c’est après que ça se passe : pour obtenir cet aspect si particulier, les souliers sont placés dans une centrifugeuse.

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La peau.

On peut d’ores et déjà annoncer que le cuir est d’une bonne qualité, même si le traitement qu’il reçoit peut le fragiliser. On est en présence d’un cuir de veau présentant l’avantage d’être un peu plus épais que l’agneau, qui se détendra donc moins. En l’espèce le grain est très régulier, sans aucun défaut apparent : même sur l’empeigne à l’avant, le cuir glacé affiche une brillance bien nette.

Un grain fin et régulier...

Un grain fin et régulier…

La peau est également douce au toucher, avec des textures cependant variables : le passage en centrifugeuse fait que certaines zones sont plus exposées que d’autres au frottement. Par conséquent, les extrémités de la chaussure ont un aspect plus « poli », plus lisse, alors que le reste des empiècements ont un toucher beaucoup plus naturel, plus chaud et plus doux.

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La teinture.

L’examen de la teinte doit se faire in concreto en tenant compte de l’effet de style recherché, comme je le souligne dans le guide. La coloration de la chaussure n’est pas du tout homogène, mais c’est là son principal intérêt. La patine réalisée à la main, comme le reste des opérations, est absolument unique et propre à chaque soulier. Autant pour certains usages très classiques on apprécie beaucoup les cuirs glacés totalement lisses et uniformes, autant sur ce style de chaussure l’aspect vieilli est un réel plus et amène véritablement une âme au produit. Si un cuir de veau nécessite du soin, le gros avantage de cette finition patinée est qu’une griffure ou éraflure sur la chaussure ne va pas la dénaturer, là où sur une paire de souliers glacés parfaitement lisses cela s’avère bien plus gênant !

La lumière du soleil met bien en valeur le nuancier qu'offrent les teintures artisanales à la main.

La lumière du soleil met bien en valeur le nuancier qu’offrent les teintures artisanales à la main.

Pour terminer sur le cuir, on peut parler d’un sans faute ! Mais comme je le disais, chaque paire étant unique, il convient de bien s’assurer que le vieillissement, qui n’est pas une science exacte, a été bien réalisé selon les critères évoqués ici. Examinons maintenant le montage et la fabrication.

 

II)            Montage et fabrication.

 

Le dessus : empeigne, coutures et contreforts.

La particularité de ces chaussures, au delà du travail du cuir, c’est qu’il y a finalement assez peu de coutures car l’empeigne est réalisé à partir d’un très grand empiècement découpé dans la même peau. La zone de pliage – la plus sollicitée nécessitant souvent une double ligne de couture – n’est exposée à l’usure que par les plis d’aisance qui se forment naturellement. Les zones peu exposées aux tensions jouissent d’une seule ligne de couture fine et régulière même dans les arrondis, presque invisible. Pour le reste et notamment à la très pratique fermeture, deux rangées de points toujours réguliers : l’ensemble est bien pensé ! Soulignons toutefois que les embauchoirs sont indispensables sur ce style de chaussures afin d’éviter que les plis ne marquent trop.

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Les contreforts apparaissent sur l’arrière de la chaussure et sur le bout à l’avant. Au niveau du talon, ils montent bien haut et enveloppent la cheville. Ils sont en revanche moins rigides que sur d’autres souliers, mais c’est un constat que l’on fait souvent sur les montantes justifié par des raisons d’esthétisme. Sur l’avant en revanche, la rigidité est davantage marquée afin de conserver le bout élégant du soulier. Bien sûr, on ne sent pas du tout ce renfort lorsque l’on marche notamment grâce à la doublure entièrement cuir a l’intérieur.

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Le dessous : le cousu et la semelle.

Ces boots sont réalisées grâce à un cousu Blake, principale technique pour concevoir des formes fines et élégantes. Cela suppose comme vous le savez désormais que la couture ne soit visible que sous le soulier et parfois à l’intérieur. Au niveau de la semelle, les fameux points apparaissent donc assez réguliers, d’une largeur évidemment plus importante que sur la tige. On note aussi la présence de petits clous sur la semelle, qui la protègent sur les zones fragiles ou exposées et renforcent la solidité du montage.

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La semelle en elle même en cuir, avec cependant un détail très intéressant : la présence d’un patin en gomme également présent sur le talon. Le gros avantage, c’est que vous n’êtes pas obligée de les faire ressemeler tout de suite, voire pas avant un an si vous les portez peu.

Petit conseil valable sur de nombreux souliers blake : la pose du patin n’est pas à faire tout de suite. Par conséquent, dans la mesure où le cousu est bien apparent sous la semelle et expose la chaussure à l’humidité (selon le temps), vous pouvez demander à votre cordonnier de simplement vous passer une petite couche de cire au niveau des coutures. De cette façon, les points seront mieux protégés et vous pourrez porter vos beaux souliers sans problème !

Une fois cirés, les points de coutures sont presque invisibles !

Une fois cirés, les points de coutures sont presque invisibles !

Enfin pour terminer sur la fabrication, signalons que la portée n’est pas parfaite ! En effet, l’arrière du talon s’élève de quelques millimètres lorsque la chaussure est posée à plat. C’est regrettable d’un point de vue théorique, mais objectivement ça ne pose pas de problème lors du port pour la simple raison que la semelle est bien souple !

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III)          Le style.

L’ankle boot, ou « botte de cheville » littéralement, est un style assez ancien qui a aujourd’hui prouvé son statut de basique intemporel, d’ailleurs très visible chez Saint Laurent dans un esprit plus rock’n’roll. Facile à porter avec un jean comme avec un pantalon de costume, elle est vraiment très pratique car dotée, comme ici, d’une fermeture sur le côté. Malgré sa finesse, l’aspect racé de son cuir en fait une botte assez virile, plus citadine que les combat boots.

Que ce soit avec un pantalon casual ou avec un costume, ces bottines restent très élégantes.

Que ce soit avec un pantalon casual ou avec un costume, ces bottines restent très élégantes.

Il est également très appréciable de se dire qu’il n’y a plus qu’à entretenir la patine. Sur une paire de chaussures neuves en cuir lisse ou glacé, l’angoisse d’abîmer est parfois contraignante comme on a pu le dire plus haut. Là, si bien sûr vous ne pouvez pas faire n’importe quoi avec, mais vous pouvez les porter sans craindre toutes les 2 minutes d’avoir une griffure ou un accroc : elles sont déjà marquées. Je n’ai qu’une seule paire dans ce style, et c’est un véritable plaisir de laisser les derby en suédé si fragiles (typiquement la paire dont on cherchera tout le temps à conserver l’aspect neuf) pour cette paire si particulière.

Beaucoup de cuirs glacés pour la collection hiver, mais toujours un énorme travail sur les teintes et les patines.

Beaucoup de cuirs glacés pour la collection hiver, mais toujours un énorme travail sur les teintes et les patines.

En conclusion, on retiendra de cette paire d’Officine Créative leur belle qualité et leur bon rapport qualité/prix. Ces chaussures ne sont pas parfaites techniquement comme en témoigne ce test, mais elles restent néanmoins un produit absolument unique, raffiné et bien plus personnel qu’une paire de Richelieu Lanvin produites à des milliers d’exemplaires (à mon sens). C’est assez rare pour être souligné, mais ce sont finalement les petites imperfections des traitements et le travail fait main qui confèrent tout leur charme à ces bottines !

 

Vous les trouverez dans les boutiques Manfield, TRES recommandables pour la gentillesse et pour les (vraies) connaissances de leurs équipes de vente ! En ligne sur Luisaviaroma également ou Mr Porter.

Commentaires

  1. carole

    Bonjour,
    Juste pour évoquer le service « après-vente » de la marque.
    Fin janvier dernier (2014), j’achète une très belle paire de chaussures à la Maison Momoni à Paris. La ligne, le cuir, j’adore. J’ai pas l’habitude de mettre un prix pareil dans des pompes, mais là vraiment, je craque. J’en prends grand soin, je les porte 3 mois, et l’été arrive. Je les ressors courant octobre et quelques jours plus tard, je constate que le cuir « craque », se déchire sous une couture sur le dessus de la chaussure droite. Je sens qu’aucun cordonnier ne fera de miracle, je les rapporte donc à la boutique. Qui les renvoie en Italie.
    Et là, c’est ahurissant : ils ne peuvent rien faire (admettons) mais ils détruisent purement et simplement MA paire de chaussures. J’aurais pu les porter encore quelques mois avant de devoir les jeter. Elles ont « duré » 6 mois en tout et pour tout. Vu le prix, quelle arnaque.
    L’histoire n’est pas terminée, ça fait 3 mois que ça dure : Officine Creative malgré son ENORME boulette ne veut pas offrir une nouvelle paire de pompes (évidemment mon modèle n’existe plus) et la Maison Momoni reste les bras ballants.
    En résumé, Officine Creative : PLUS JAMAIS.

    • Romain Rousseau

      C’est, effectivement, parfaitement inadmissible ! Je pense que vous avez raison de ne pas céder, cela étant il faudrait se pencher sur le vendeur : c’est à lui que vous remis votre paire de chaussures, donc normalement il doit vous les rendre au moins en l’état, sinon réparées bien entendu. Peut être même qu’une mise en demeure serait à envisager… Mais mes cours de droit commencent à dater.
      En tout cas c’est indigne d’une marque de luxe.

    • Brunebarbe

      Bonjour, avez vous eu des news de vos chaussures? est ce que le problème c’est résolu?

  2. J’avoue que j’aime bien la mode en cuir, mais pas plus que j’aime les look personnalisés. Très jolies reportage.

  3. Stan

    Mmh. 450€ la chaussure en cousu blake imparfait, dans un cuir défonc- pardon patiné à l’extrème… Ce n’est pas exactement ma définition d’un bon rapport q/p!!! Et je trouve que passer ses chaussures à la centrifugeuse pour leur donner un aspect authentique, c’est tricher! La patine devrait se faire à nos pieds au fil des années. C’est un avis personnel.

    • Romain

      Votre ressenti est intéressant ! J’étais également sceptique sur le traitement du cuir, mais vraiment cela ne pose pas de problème. Cela dit je comprends parfaitement que l’on soit plus « rassuré » par un boxcalf lisse et robuste : disons qu’Officine Créative est alors une marque alternative. Par contre permettez moi à nouveau de rappeler qu’elles sont vendues 340€ et non 450.

      • Brunebarbe

        Bonjour Romain, euuu, désolé, ça dépend des modèles, elles sont assez chère, je teste actuellement un de leur modèle, l’anatomia, un basique d’après ce que je vois…bref, pour le cuir, je suis allez voir plusieurs cordonniers et ils m’ont dit simplement que pour le prix, mouè! c’est sur que ce n’est pas non plus de la mauvaise chaussure, par contre ils m’ont dit que mes chaussures était déjà fragilisé à certain endroit…en fait, il a un aspect vieilli comme à l’habitude chez eux mais à certains endroits, le cuir est beaucoup plus fissuré…bref, à plus de 429 euro la chaussure sur the cornershop,c’est juste abusé!j’ai contacté leur service client via leur site et leur facebook, ils m’ont répondu mais à leur façon!! Donc, je teste pour l’instant mais je ne conseille pas du tout cette marque, limite soldé, c’est con car d’un point de vue esthétique, elles sont superbe!!

    • Undead

      Complètement d’accord. La patine artificielle…ça fait fausse antiquité, c’est vulgaire et cheap quelque part.

  4. Max

    Contrairement à ce qui est écrit ici la portée du modèle est bonne. Il est tout à fait normal que le talon se relève très légèrement (comme c’est le cas ici) à l’arrière qd la chaussure est posée à plat.

    Test complet mais la mise en avant d’un bon rapport qualité / prix me semble injustifiée 450€ minimum pour une paire de cette marque est un peu élevé. A 50/70€ de moins le rapport aurait été parfait !

    • Romain

      Merci pour votre commentaire, mais malheureusement je me vois obligé de vous donner tort. La portée a clairement un petit défaut, même si cela reste léger : je vois encore mieux aujourd’hui qu’une partie du talon est un peu plus abîmée que l’autre car plus exposée. C’est également flagrant par comparaison avec d’autres chaussures au montage similaire.
      Et enfin concernant le prix, celles-ci coûtent 340 € (hors soldes), ce qui les place sous l’estimation que vous en faisiez, d’où, effectivement, un très bon rapport qualité/prix.

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