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Défilés Été 2014: Milano Primavera Estate

Défilés Été 2014: Milano Primavera Estate
Romain Rousseau

Milan montre saison après saison que malgré la disparition (ou la migration) de certains défilés comme Burberry ou Cavalli, elle a beaucoup à offrir à la mode masculine. Les italiens ont une vision plus « rationnelle » de la mode Homme que Paris, privilégiant le travail des matières et des coupes au design pur et dur du vêtement. Pas forcément discret, et ne cherchant pas à l’être, les « vieux de la vieille » de la mode italienne savent, avec une grande justesse, puiser dans leurs racines pour innover, à l’image de Gucci qui s’aventure sur des terres jusque là vaguement survolées. Après un hiver austère, voici que la belle milanaise rappelle de quoi elle est capable, fantaisiste à ses heures, épatante dans tous les cas. Les italiens respectent le beau et le vénèrent à leur façon sans se laisser aller à la facilité. Tout est dans les détails… Voici la Fashion Week de Milan, Printemps été 2014.

Bally

© Bally

© Bally

Pas de défilé. Seulement 17 looks…et que du cuir ! Enfin, disons plutôt que Bally démontre que le terme « cuir » a une multitude de significations ! Soit il est entendu comme la matière naturelle que l’on connaît tous, qui permet par exemple de confectionner des vestes de cuir suédé, des trenchs ou des pantalons, et toujours « par exemple » dans des couleurs beige ficelle ou rouge. Soit il peut faire référence à une matière beaucoup plus technique et artificielle, auquel cas on rajoutera au mot « cuir » l’adjectif « reconstitué ». Les vestes, parkas et par dessus longs auront alors l’aspect d’un agneau surnaturellement lisse et rigide, rendant ainsi le lavage envisageable ! Bally c’est avant tout des chaussures et des portefeuilles, mais finalement cette interprétation schizophrène du cuir ne manque pas d’intérêt.

© Bally

© Bally

 

Bottega Veneta

© Bottega Veneta

© Bottega Veneta

La mode est bien souvent une histoire de griffonnages, de graffitis, de dessin en somme. Sans détour, Maier représente le travail du designer à travers cette collection. La manifestation la plus visible étant ces coups de crayons tracés sur les bords des cols des vestes, des blazers, des polos, sur la fente des poches de poitrine, sur les manches…et même sur un cuir blanc, de façon totalement éhontée. Tout un ensemble de détails qui apporte une structure nouvelle aux silhouettes, mais surtout donnerait presque un côté « cartoon » désacralisant gentiment les costumes trop sages. Le carreau n’est pas en reste, tantôt géométrique, tantôt à nouveau dessiné de façon irrégulière sur les pantalons, les pulls et les chemises. Pour maintenir une ambiance secrète et mystérieuse, des couleurs sombres en nuances de gris, rouge lie-de-vin, prune et camel. Mis en avant par des sweats en chèvre velours, notamment un orné de patchworks très carrés, le savoir-faire peaussier de la Maison Veneta est irrésistible et s’intègre à la perfection à ce vestiaire ultra raffiné. Cette collection n’est que la confirmation, s’il en fallait une, que le style Veneta est particulièrement abouti et mature. Maier semble se sentir aussi bien qu’un Lagerfeld chez Chanel, et pourra se vanter d’une croissance du CA de 800% depuis son arrivée. Son secret ? Comme le montre le défilé : artisanat et ultra haute qualité, avec le brun de rareté qui fait le Luxe. A méditer.

© Bottega Veneta

© Bottega Veneta

 

Brioni

© Brioni

© Brioni

Milan est, sans conteste, le rendez vous des amateurs du savoir-faire tailleur. Naturellement, Brioni est un incontournable parmis ces spécialistes du complet, bien que les puristes risquent d’être un peu surpris. Netteté des coupes, ablation scientifique du moindre pli et matières nobles : tout y est. La surprise vient du style austère et cérébral de cette collection, proposant des silhouettes glaciales, celles d’hommes de fer. Du gris fumée au gris anthracite, Mullane décline des tissus de soie et des lainages fins dont la brillance inattendue rappelle celle du métal. le carreau est la religion pour cette saison, dessiné en prince de Galles, en haut comme en bas. Le travail sur les lignes droites des bustes infuse encore l’esprit « héro invincible » du vestiaire Brioni, renforcé par l’application dune étoffe sur un pull en très fine maille à col polo comme affublé d’un pare balle précieux. Il ne reste plus qu’à évoquer le fameux veston sans manches, certes classique, mais invariablement élégant. La vision présentée est celle d’un homme fort qui n’a pas peur de le montrer, au milieu de ce combat dans lequel les ateliers des grandes maisons de luxe se livrent la bataille magistrale du tailoring.

© Brioni

© Brioni

 

Dolce & Gabbana

© Dolce & Gabbana

© Dolce & Gabbana

Cinema Paradiso. Un film sorti en 1988, dont la bande originale semble avoir inspiré le duo le plus célèbre de cette contrée du parmesano, de l’aperitivo et des piaggio pastels. Cliché vous dites ? Absolument ! C’est une fois de plus l’ADN de cette collection, dont on ne devrait même pas prendre la peine de dire qu’elle vénère l’Italie de la tradition. Tout un programme. Les imprimés sont omni présents, sur des tshirts aux épaules oversizes comme dépourvus d’emmanchures, sur des complets 3 pièces (ils ont osé !), et sur des shorts courts. L’antiquité est reine, à en juger par la représentation de Zeus à la façon d’un écusson, et des ruines de son temple aux multiples colonnes… Toute une histoire. Plus timides que pour l’été 2013, les couleurs apparaissent majoritairement sombres et fades, avec un blanc cassé comme base pour de nombreux smokings (pas toujours très bien taillés), ponctué de niveaux de gris et d’un sépia accentuant le pittoresque et l’effet gravure du print. Les italiens, eux, voient le soleil alors forcément ils peuvent se permettre le lin, la soie et surtout les cotons légers (bien que rigides). La mention spéciale : le slip en tricot, témoin du goût pour l’excès (et pour l’évasion fiscale) de Domenico et Stefano. Tout un concept…

© Dolce & Gabbana

© Dolce & Gabbana

 

Ermenegildo Zegna

© Ermenegildo Zegna

© Ermenegildo Zegna

Stefano Pilati, après son passage remarqué chez YSL, débarque chez Zegna. La tâche est ardue,  et cette première collection sonne comme le témoin d’une certaine frilosité, compréhensible néanmoins. Il est bien malheureux d’en arriver à ce qualificatif pour ce maître tailleur incontesté, mais pourtant le défilé apparaît comme pauvre. Entendons nous bien : les matières (soie, coton, cuirs…) sont toujours aussi merveilleuses, avec leurs textures si parfaites. Les coupes sont toujours aussi nettes, mettant en valeur ce qui doit l’être, et sublimant les tissus que nous évoquions. Non de ce point de vue, si l’on ne regarde que l’aspect technique de cette collection, on pourrait ne retenir qu’un seul qualificatif : luxe.  Mais en ce qui concerne style, l’inspiration, la créativité, le terme « pauvre » trouve son écho. Beaucoup de détails certes, au niveau des cols et des manches par exemple, et la proposition d’une silhouette plus étoffée, plus ample que de coutume. Il n’empêche ! Tout paraît si lisse, si…fade. Le vestiaire que propose Stefano Pilati est bien morose, heureusement sauvé par la réinterprétation du par-dessus dans une matière très légère et aérienne qui nous rappelle qu’habituellement, Zegna est l’emblème de ce luxe à l’italienne raffiné, ou chaque saison apporte son lot de matières nouvelles et sophistiquées. Vivement que ce créateur, qui a fait ses preuves, prenne ses aises dans sa nouvelle Maison, et nous fasse profiter du savoir-faire inégalé de ses ateliers, car sans aucun doute ce n’est pas lors de la 1ère collection que l’on se lâche.

© Ermenegildo Zegna

© Ermenegildo Zegna

 

Etro

© Etro

© Etro

La passion d’un collectionneur pour les tissus du monde entier, jusqu’à créer son propre atelier de confection, avec le résultat que nous connaissons tous. La vision d’Etro s’affirme chaque saison, on sait immédiatement que l’on en a sous les yeux. Une fois n’est pas coutume, c’est le Mexique qui a inspiré Kean Etro pour la ligne masculine, dans une réinterprétation très latine du cowboy, beaucoup plus aboutie que chez Topman. Les applications sont innombrables, en cuir ou de tissus plaquées sur la plupart des pièces présentées. Une collection très riche composée de nombreux pantalons d’équitation bi matière ou bi colores, ainsi que de nombreux blazers customisés, imprimés ou brodés. Sur les vestes, les chemises, les pantalons et les accessoires, (largement représentés par les ceintures, sacs et sombreros), ces broderies anoblissent un style « far west » pourtant éloigné de toute notion de raffinement. Tout simplement rafraichissant, on sent parfaitement que la Maison n’est pas dans la caricature, simplement dans ce qu’elle sait faire de mieux, c’est à dire s’imprégner d’une culture pour la décliner sur les podiums en mettant l’accent sur la richesse des tissus. Une conception de la mode loin d’être consensuelle mais qui mérite au moins d’être vue !

© Etro

© Etro

 

Fendi

© Fendi

© Fendi

Un podium aussi impressionnant que dangereux. Pour les mannequins, à cause de  l’instabilité, mais aussi pour les invités dont certains ont dû amèrement regretter d’avoir des chaussures ouvertes. Au fond, un échafaudage, et en guise de scène pour cette représentation, une dune de sable fin dont la couleur orange était accentuée par un soleil artificiel. Le désert pour évoquer le soleil et l’été, il fallait y penser n’est-ce pas ? Même si peu l’on fait. Le défilé ? Mais nous n’avons même pas abordé le staff, les œufs de caille et les… Soit. Casual. Décontracté. Technique. En tout cas, ni formel ni habillé ! De nombreuses parka double face colorées, en tissus synthétiques, avec pour certaines des poches plaquées suggérées par des bandes blanches. Longues, courtes, boutonnées ou ceinturées, elles sont affichées comme les pièces phares de cette collection, loin du métier historique de peaussier de la maison Fendi. Le cuir est présent également, mais craquelé ou boursouflé presque comme un cuir d’autruche, comme les cicatrices de peaux que l’on aurait oubliées au soleil. On aperçoit aussi quelques mailles tressées, portées seules ou sous des vestes en toile légèrement brillantes, très simples et élégantes, qui par ailleurs s’accommodent parfaitement avec tous ces pantalons à plis de coton déclinés dans toutes les couleurs marquantes de cette collection. Du rouge, du orange et du jaune, forcément, mais aussi des couleurs sourdes en nuances de beige, de taupe et de bleu nuit, soit une palette très naturelle cohérente avec le thème, contrastée en revanche avec la « technicité » des pièces présentées. Les chaussures suivent, les derby et richelieu vernis à la trépointe cousue bien aguicheuse n’étant pas aussi attendues sur le sable que ne l’étaient les tennis, plus appropriées pour le trekking ! Et comme on ne sait jamais sur qui on tombe en plein désert, Silvia Fendi avait prévu les smokings portés avec ces tennis basses dans une décontraction, pour le coup, surnaturelle. Un défilé riche, qui, sans ravir complètement, créé la surprise.

© Fendi

© Fendi

 

Giorgio Armani

© Giorgio Armani

© Giorgio Armani

Encore un. Un de ces designers adepte de la stratification de sa marque, de la haute couture au très bas de gamme… Pourtant, disons avec certitude qu’il serait dommage de passer à côté de la 1ère ligne, Giorgio Armani. Pensez, depuis le temps, il sait de quoi il parle, lui qui a tant apporté au costume masculin. Cette saison, c’est de « navy » qu’il s’agit. Original ? Non. A priori… Encore une fois, le « Maestro » propose une version bien singulière de ce style. Le travail est particulièrement significatif autour la chemise et du blazer, dans des matières très diversifiées, de la toile de lin à la maille, en passant par le cuir. Les cols sont remarquables tant ils sont diversifiés, on retiendra en particulier le col officier toujours très présent chez Armani, et de tout petits cols plaqués haut sur le buste, permettant un boutonnage quasi complet des blazers. Niveau pantalon, deux coupes majeures : le pantalon classique à plis et uni ou des coupes droites plus casual, parfois confectionnées à partir de toiles chinées ou à motifs. Les blousons en peau sont minimalistes, Armani étant le seul à donner envie de porter du cuir très clair, tant l’architecture de ces pièces est perfectionnée jusqu’aux fameuses fermetures asymétriques. Enfin, à côté des immuables nuances de bleu, le blanc rafraichit la collection avec un raffinement reconnaissable entre mille, ponctué ça et là de touches de rouge et de saumon. Au delà des coupes perpétuellement perfectionnées, des belles matières et de ce don pour allier un esprit couture à une silhouette toujours très masculine, Giorgio Armani s’illustre pour l’intemporalité absolue de ses créations. Une qualité malmenée par l’influence croissante de la « fast fashion », qui pourtant confère toutes sa noblesse à la haute mode. La vraie.

© Giorgio Armani

© Giorgio Armani

 

Gucci

© Gucci

© Gucci

« Les temps changent ». Dans le cas de Gucci, ce n’est pas à prendre de façon négative. A l’élégance, au classicisme et à la tradition – pourtant dogmatiques chez Gucci – Frida Giannini a préféré la technicité, l’innovation et la décontraction. Cela sonne presque faux tant on s’est habitués aux costumes et aux mocassins, bien que le résultat de ce tournant artistique soit audacieux et remarquable. Le t-shirt se substitue aux chemises de manière ostentatoire, tantôt imprimé, tantôt uni. Le sac business en alligator perd ses écailles et ses anses pour laisser la place à des sacs à dos et les pantalons perdent leurs plis, se rapprochent de la jambe et gagnent des applications entre les genoux pour rappeler le style équestre de la maison (tout de même). Les blazers sont gaillardement intégrés à des looks décontractés, et bien sûr les impers et parkas rigides règnent en maitres, emblèmes de la technicité nouvelle de la ligne masculine de Gucci. Et bien quel travail ! Voici une collection très sport en rupture avec le style habituel de la Maison. On se passerait volontiers des imprimés floraux qui alourdissent inutilement les silhouettes, mais qu’il est agréable de voir que malgré la croissance à 2 chiffres de Gucci (dominée par la ligne féminine), Frida Gianini n’a pas hésité à remettre en question ses codes et investir dans l’innovation. Tout le monde ne peut pas en dire autant.

© Gucci

© Gucci

 

Missoni

© Missoni

© Missoni

Nous avions évoqué un style trop répétitif pour ces adeptes du chevron à toutes les sauces, heureusement cette saison se fait remarquer par un travail plus convaincant. La maille est conservée comme matière première de Missoni, car même en été un beau tricot est une pièce noble. Bleu nuit ou électrique, rouge vif , blanc, beige, kaki, gris : un délice de couleurs naturelles et douces, parfois franches, parfois pastels, teinte ce défilé. Du motif bien sûr, carreaux, rayures, triangles, zigzgags et chevron, oui, mais avec des effets d’asymétrie et de « floutage » très bien exécutés, insufflant une perspective nouvelle aux pulls et chemises. L’orient n’est pas loin, apportant avec lui ce parfum d’été à la fois subtil et raffiné qui transforme un cardigan d’apparence simple en pièce d’exception pour affirmer une identité bien singulière. Des maisons comme Missoni (propriété de Valentino) passent presque inaperçues face aux mastodontes de la mode, avec un goût de gloire passée. C’est dommage, car si certains savent s’imposer par un design très racé, rares sont ceux qui, comme Missoni avec la maille, peuvent se targuer d’avoir su créer de la matière, faire évoluer un savoir-faire de façon aussi significative.

© Missoni

© Missoni

 

Moncler Gamme Bleue

© Moncler

© Moncler

Le florilège, la démonstration, le carnaval Moncler apporte une petite note de folie au milieu de toutes ces maisons qui se prennent souvent très au sérieux. Jouons au criquet avec Thom Browne. Cela suppose de s’équiper d’une veste, d’un pantalon et d’un tablier matelassés, de façon à amortir les chocs. Une petite maille torsadée si le fond de l’air est frais, et une cravatte : vous êtes un gentleman même lorsque vous faites du sport. Evidemment, les bandes bleu-blanc-rouge dessineront les bords de la veste ou du pull col V, de façon à rester parfaitement reconnaissable. Mais aucun de risque de s’y tromper, car cette manie de mélanger des tissus très techniques (résilles, toiles imperméables…) avec de la maille torsadée, personne d’autre que Moncler ne le fait avec un tel jusqu’auboutisme. Forcément, on se dit que c’est compliqué à porter à la ville, bien que pour faire son jogging cela représente un budget peut être un peu démesuré. Mais toutes ces innovations, cette technicité et cette fantaisie… Juste pour le plaisir des yeux !

© Moncler

© Moncler

 

Prada

© Prada

© Prada

Mais quel cinéma ! Le défilé Prada, c’est toujours le rendez-vous le plus étrange, le plus mis en scène de la fashion week milanaise, qui serait probablement classé Art&essais. Un été d’après guerre, un tableau en broderie représentant un coucher de soleil (laine rouge, orange et jaune) posé sur un meuble en formica, et voilà le ménage classe moyenne qui s’embarque pour la première fois vers une destination lointaine : le décor est planté. Il fait chaud, les cheveux des modèles se retrouvant plaqués en pagaille sur un front humide et brillant. A part des chaussures dont l’avant est grossièrement caoutchouté et strillé, l’essentiel du spectacle se passe en haut, au dessus de pantalons amples rétros. On sort le motif floral hawaïen vintage sur les chemises et les pulls, et comme si cela ne suffisait pas, Miuccia Prada rajoute une pinup ressortie des 30 glorieuses. L’imprimé, qui marquera à coup sûr la saison prochaine, s’incruste sur les accessoires et notamment les sacs, imposant au cuir saffiano une révoltante cohabitation. Il ira même se faufiler, via une chemise à manches longues, sous un polo en maille ultra légère, symptomatique de cette perpétuelle manie « pradesque » de tout dépareiller. Après toutes ces années, on aurait presque envie de dire que la directrice artistique Prada continue d’être à contre courant. Maintenant que tous ses collègues se mettent au «sport chic » qu’elle a démocratisé avec son fameux nylon, elle choisit la dérision de l’indiscutablement ringard et du résolument déstructuré. Qui peut se le permettre à part une Maison italienne si sûrement installée comme l’ovni de référence du monde de la mode ?

© Prada

© Prada

 

Roberto Cavalli

© Roberto Cavalli

© Roberto Cavalli

Riche. Adjectif inhérent à l’évocation de cette griffe avant tout reconnue pour l’excellence de ses matières. C’est à dire que la notion de richesse, ici, est entendue au sens large du terme, et sert le mystère ambiant autour des silhouettes imaginées par Cavalli père et fils. L’orient inspire des broderies, la nuit décline ses couleurs (noir, marrons et bleus) et le cuir enivre par sa noblesse. Des nuances de matières apparaissent sur les cols des smokings (avec ceinture), et la magie des tissus jacquard accentue le secret des reflets. Certes, tout cela n’est guère bien discret, mais qu’importe : encore une fois les Cavalli nous montrent que leur savoir faire et leur extraordinaire capacité d’innovation l’emporte aisément sur le culte de la sobriété, trop souvent prétexte pour ne pas oser. Un véritable travail d’orfèvre, comme ce cuir gaufré et brodé qui donne l’impression d’avoir été gravé. Remarquable.

© Roberto Cavalli

© Roberto Cavalli

 

Salvatore Ferragamo

© Salvatore Ferragamo

© Salvatore Ferragamo

Ferragamo s’impose de plus en plus comme la pointure de la mode italienne. Plus secrète que nombre de ses acolytes, cette Maison montre une incroyable capacité d’adaptation tout en conservant bien apparentes ses racines en terme de style et de qualité… Cette saison, Giometti fonce sans détour dans cette olympiade de la mode milanaise, parant sa team de son inspiration sportive, subtilement infusée du savoir faire tailleur de Ferragamo. La légèreté de la collection est une ode à l’été, mettant en valeur les tissus techniques aériens des trenchs casual, les mailles fines aux cols V plongeants, et les bermudas amples de basket revisités, endimanchés par des plis qui en font les éléments les plus habillés de cette collection. Un savant travail d’équilibre est opéré entre des sweats, des polos en popeline à col de chemise et ces bermudas et pantalons plus habillés, qui constituent une véritable proposition. Un délicieux éventail de couleurs s’offre à nous, du blanc, du beige ficelle, du vert gazon, de l’orange nuancé du cuivre au carotte, avec l’avantage de pouvoir se porter facilement. Et bien sûr, les numéros, ultimes symboles de l’équipe de sport. Une superbe collection, à la fois très racée et en même temps très pratique : la maturité du designer pourtant arrivé chez Ferragamo il y a seulement 3 ans est impressionnante. Il fait partie de ceux qui savent proposer une vision moderne de la mode masculine qui soit audacieuse, innovante et bien réalisée, sans tomber dans l’extravagance qui relèguerai le vêtement à une sphère d’initiés perchés. Une fois de plus, le travail de Massimiliano Giometti honore cette marque centenaire de la meilleure façon qui soit.

© Salvatore Ferragamo

© Salvatore Ferragamo

 

Trussardi

© Trussardi

© Trussardi

Gaia Trussardi (la petite fille de Dante Trussardi) lâche nonchalamment en coulisse deux mots pour qualifier cette collection : « effortless elegance ». On veut y croire, nous qui « aidons les hommes à rester élégants (même ndlr) sans se prendre au sérieux ». Et nous y avons cru. La jeune designer fait partie de cette école qui subordonne l’élégance (masculine) au confort, revendiquant la liberté de mouvement la plus totale. Le fonctionnement de cette théorie tient, ici, à l’impressionnant travail des cuirs comme l’agneau ou le python, dont cette famille se fait l’apôtre depuis bien longtemps maintenant. Les peaux sont d’une finesse qui n’est pas sans rappeler celle que nous verrons chez Versace, à l’image d’une combinaison beige dont la légèreté évoque celle d’une fine toile de coton. Faisons fi également de la terrible et chaotique réputation du pantalon en cuir pour apprécier sa ligne unique version Trussardi, à tel point qu’il devient délicat de distinguer ce qui est toile et ce qui est peau. Les couleurs écru, azur et rouille bénéficient de la texture soyeuse des agneaux plongés par les reflets uniques restaurant la noblesse d’une matière parfois vulgarisée. Rien d’exceptionnel dans les coupes, toutes ces pièces sont déjà dans de nombreuses penderies, mais le pari de l’excellence du cuir comme seul ADN suffit. Comme quoi, une coupe simple mais confortable peut rivaliser sans complexe avec l’élégance d’un smoking : tout est dans la matière.

© Trussardi

© Trussardi

 

 Versace

© Versace

© Versace

Est-il possible que nos critiques aient eu un retentissement significatif sur la marque à la Medusa ? Sérieusement, non. Il n’empêche que ce que l’on a vu sur le podium va plutôt dans le sens d’un assagissement. Tout d’abord 7 looks très « Versace », avec du cuir ultra clouté, des robes de chambres et des slips de bains parfaitement ridicules. Et puis, les lumières s’éteignent, c’était l’homme Versace d’avant. Les lumières se rallument pour montrer au monde l’homme Versace de demain. Un ensemble tirant entre le bleu denim et le bleu égyptien, composé d’une veste à bouton unique et d’un pantalon à plis terminé par un côtelé élastique… bref, un costume de sport ! Tuniques légères, chemises type saharienne à poches et boutons dorés, pantalons amples de costumes : nous y sommes, voici enfin de quoi profiter du savoir exceptionnel des ateliers de Versace, dont les prouesses ont, une fois de plus, convaincues même les plus sceptiques. On pense par exemple à un pantalon réalisé dans un cuir si lisse, si fin, si bien travaillé qu’il présente la légèreté d’une toile de soie ou d’un très fin lainage enduit. La précision et la perfection du travail réalisé font qu’il faut zoomer pour s’apercevoir que l’on est bien en présence de cuir. Evidemment, Donatella se lâche sur la ligne masculine qui n’est pas stratégique, en proposant plusieurs tenues Tie&Dye en overdose de couleurs et des tags fluos totalement superflus. Mais clairement il y a ici beaucoup plus de choses « portables » bien que toujours racées, vers un équilibre salutaire…même si tout est relatif !

© Versace

© Versace

Commentaires

  1. Toujours aussi fan de la collection Armani

  2. Excellent article Romain ! (comparable en termes de qualité à celui d’H&M).

    Je ne suis pas un grand fan de mode mais ton article a eu le mérite de me laisser séduire par ces quelques créateurs.

    Je trouve souvent le contenu des blogs mode homme, particulièrement pauvre surtout quand ils s’attaquent aux défilés. C’est trop souvent, une chiadée de photos sans aucun contenu textuel. À la limite, on te fait un petit descriptif des tenues assez plat qui n’apporte généralement aucune valeur ajoutée…

    Dans celui-ci, c’est différent, tu pousses plus loin en analysant assez bien l’ensemble. J’aimerai voir ce genre d’articles plus souvent.

    Merci pour ton boulot, il est souvent très quali.

    • Romain

      Merci pour le retour. On prend plus de temps pour publier, mais bon clairement y’a plus de taff derrière ça c’est certain.

  3. Vraiment pas fan des collections Dolce & Gabbana sur les deux dernières saisons, elles se ressemblent trop à mon goût, on veut trop nous imposer « la grandeur de l’Italie ».
    Prada, génial comme à chaque fois .. !

    • Romain

      Je pense qu’ils ont choisi la facilité. Ils sont probablement pas aussi géniaux que tout le monde a voulu le dire, ils sont devenus les rois de l’évasion fiscale et de la rentabilité quitte à faire appel à des sous traitants douteux (travail clandestin…) et à nourrir le goût pour le bling bling de leur clientèle. De toute façon ils sont morts depuis 2008, après des collections ultra riches entre 2005 et 2008. Et maintenant effectivement c’est vraiment barbant et répétitif, même si c’est vrai qu’il y a une identité malgré tout.

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