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Test H&M Conscious 2013: Greenwashing ou réel progrès ?

Test H&M Conscious 2013: Greenwashing ou réel progrès ?
Romain Rousseau

A l’heure où l’on parle, les dernières pièces de la collection conscious disparaissent des boutiques H&M, annonçant le moment du bilan. Fidèle à son ADN, l’enseigne textile a su déployer un arsenal publicitaire aussi massif qu’intriguant pour montrer au monde qu’elle prône une mode « consciente ». Décryptage.

Erling Persson a bâti un empire industriel monstrueux de milliers de boutiques, producteurs et modèles de vêtements. Incontestable reine de la fast fashion, la marque suédoise a réussi en un demi siècle la révolution d’une mode ultra tendance inspirée des podiums tout en pratiquant les prix extraordinairement bas que l’on connaît tous. Souvent taclée par de nombreuses ONG (GreenPeace, Amnesty International et plus récemment Clean Clothes), H&M a décidé de réagir et de faire du bruit. Le résultat est celui que vous connaissez : depuis 2011, les vitrines, magazines et arrêts de bus se parent d’immenses affiches aux couleurs claires ou vertes évoquant le propre, le naturel, l’écolo quoi.

 

Et oui entre 1947 et aujourd'hui, la taille et le concept de la marque ont bien évolué !

Et oui entre 1947 et aujourd’hui, la taille et le concept des boutiques de la marque ont bien évolué !

Mais qu’en est il vraiment ? Parce qu’il est bien évident que s’auto-proclamer conscious ou éthique est souvent le propre des green washers de haut vol. Pour analyser l’éco responsabilité d’H&M, suivons une méthodologie claire. Nous nous pencherons tout d’abord sur le contenu de la  campagne et plus généralement de l’annonce. Ensuite, un état des lieux de ce qui se trouve vraiment en magasin s’impose, pour terminer par la phase d’analyse et de comparaison : il s’agira de décrypter la conscious vibe H&M selon le référentiel de la communication responsable établi par L’ADEME. Nous avons également souhaité faire appel à un expert de la communication responsable pour avoir son avis sur la démarche d’H&M, que l’on retrouvera à la fin de l’article. 

Ce qui est annoncé par H&M : le déploiement d’une stratégie multicanal puissante.

 La campagne de pub fait, comme d’habitude, appel à des figures emblématiques de la mode, et notamment Vanessa Paradis, égérie de cette collection 2013. L’idée c’est bien sûr de faire grand bruit, et c’est réussi !

Le print

Incontestablement plus neutre que les années précédentes où mister Richardson shootait ses hordes de mannequins sur fond de plantes exotiques : le vert dominait largement au niveau des couleurs. Cette année, l’esprit de la campagne est plus urbain et finalement moins identifiable comparé au reste des campagnes H&M.  On retrouve donc 2 bonhommes vêtus de couleurs très estivales (bleu, vert, blanc…) et décontractés. Le soleil donne et projette une ombre sur un mur clair bien propre. Le vert n’est cependant pas oublié, rappelé par divers arbustes dont la présence reste assez discrète. C’est agréable à regarder et frais !

En plein dans la tendance de cet été avec les ombres !

En plein dans la tendance de cet été avec les ombres !

La campagne TV.

La campagne TV est beaucoup plus végétale que le print, tout en restant dans l’ambiance cosy de H&M. Vanessa se ballade dans un appartement tout en boiseries, investi par toutes sortes d’arbres et de plantes, faisant ainsi la part belle au vert ! On est un peu dans un remake d’Alice au Pays des Merveilles, avec un esprit fairy tale très marqué dans le registre de l’exploration. Le tout mise, finalement, beaucoup sur l’esthétique, le côté éco friendly étant suggéré par l’omniprésence des végétaux, et annoncé en fin de clip par le logo.

En boutique.

Online. Sur le site, les visuels sont beaucoup plus parlants : « H&M Conscious collection Pour une mode éco-responsable ». Le terme est lâché, faisant apparaître une double dimension.
L’aspect « éco » renvoie bien sûr à la notion d’écologie, de respect de l’environnement, de nature…
Le terme « responsable » joue plus sur une dimension éthique de la mode : une mode respectueuse de l’environnement, mais aussi de la condition de l’être humain en général. C’est également un écho au concept de Responsabilité Sociétale des Organisations, matérialisation des politiques de développement durable dans les entreprises et les institutions.
Enfin, tout cela est englobé par le terme « conscious », qui renvoie à une forme de lucidité, de conscience et d’action. Ce terme permet enfin au client de s’identifier à cet univers de la marque « responsable » : le fidèle/régulier se sentira valorisé par cette assimilation et le profane qui n’achète pas habituellement H&M mais qui est sensible au sujet du DD franchira tout de même les portes d’une boutique. Evidemment les réseaux sociaux ont également servi de relais, même si cela se limite à l’image de l’actrice française, quitte à occulter la partie homme.

 

Ca donne envie de cliquer.

Disons-le : ça donne envie de cliquer non ?

Offline. Les vitrines ont pour la plupart été monopolisées par la figure angélique de Vanessa Paradis qui se pavane dans sa robe aux imprimés floraux. Pour être clair, on ne peut pas louper l’élan écolo d’H&M lorsque l’on passe devant l’une de ses boutiques, l’idée étant de surfer sur la vague Guest Star de Paradis, déjà associée à une image très bohême et écolo.

Voici donc pour l’essentiel de la réclame, mais le plus intéressant se trouve maintenant en boutique, et sur les étiquettes !

Ce que l’on trouve en magasin : autopsie d’une collection très attendue.

Le Merchandising, l’affichage en magasin et, l’essentiel : les produits. Afin de mener une analyse cohérente et solide, RDV sur le terrain pour passer de la théorie de la campagne marketing à la pratique ! 

Le merchandising.

A l’intérieur, la conscious collection est mise en avant dès l’entrée de la boutique avec un espace dédié, visible mais malgré tout petit comparé à la surface des magasins. On y retrouve les produits les plus emblématiques de la campagne dans une disposition assez dense. Cela dit d’autres rares produits en coton bio sont disponibles en magasin, notamment des Tshirts « Basics ». Pour résumer en termes de quantité la Conscious collection reste assez marginale malgré une mise en lumière par le merchandising intérieur.

 

La boutique rue de Rivoli s'est même parée d'un logo vert pour le moins évocateur !

La boutique rue de Rivoli s’est même parée d’un logo vert pour le moins évocateur !

L’affichage en Magasin.

L’intégration de la conscious collection a fait fleurir à travers les boutiques divers stickers verts pour entretenir l’ambiance écolo. Dans les cabines, on trouve ainsi diverses informations sur la démarche RSE de H&M, dont une sur l’eau et sur les conditions de travail dans les différentes manufactures.

Si ça c'est pas de l'éthic/éco friendly...

Si ça c’est pas de l’éthic/éco friendly…

Dans le même temps, un dispositif « Long live fashion », a été mis en place dans une vingtaine de boutiques à travers la France, avec un objectif simple : collecter d’anciens vêtements en échange d’un bon d’achat (5€ pour un minimum de 30€ d’achats) qui seront revendus, réutilisés, recyclés ou transformés en électricité. Pour ce faire, des bornes ont été installées dans les boutiques participantes.

Heureusement vous ne serez pas obligés d'acheter pour que vos vêtements (ceux qui ne sont pas en état d'être donnés) soient recyclés !

Heureusement vous ne serez pas obligés d’acheter pour que vos vêtements (ceux qui ne sont pas en état d’être donnés) soient recyclés !

Les produits.

Le Style. Si la précédente capsule Conscious était repérable par l’utilisation massive du blanc, cette fois les modèles se « fondent dans la masse », en cohérence avec la campagne de publicité. L’utilisation de kaki et de bleu est certes cohérente avec le thème évoqué, mais pas exclusivement : le style de la collection est finalement assez passe-partout ! On trouve même de quoi s’habiller pour une occasion formelle.

Quite à acheter une veste noire, autant qu'elle soit faite à partir de matières recyclées !

Quitte à acheter une veste noire, autant qu’elle soit faite à partir de matières recyclées !

Les étiquettes contiennent bien sûr l’information la plus importante pour évaluer l’élan écolo by H&M. Un bout de papier vert comportant le fameux logo aux 2 flèches entremêlées (sans aucun lien avec le caractère recyclable du papier), avec le logo H&M Conscious, mentionne la ou les éco-matières utilisées pour la confection du vêtement, ainsi que leur pourcentage. Pas de bla bla, l’information est claire et lisible, et on retrouve toujours sur le vêtement lui même (avec les indications de lavage) le lieu de fabrication. Exemple avec 3 produits emblématiques :

 

50% coton organique, 50% coton. Made in China

50% coton organique, 50% coton. Made in China

 

47% Coton, 50% Coton organique, 3% Elasthanne. Made in China

47% Coton, 50% Coton organique, 3% Elasthanne. Made in China

 

100% coton organique. Made in Bengladesh

100% coton organique. Made in Bengladesh

Globalement, on retiendra que le coton organique est la star des matières écolos d’H&M, même si elle doit parfois cohabiter avec du coton « non bio ». Une autre matière présente, plus pour la femme que pour l’homme, est le polyester recyclé, matière synthétique qui a l’avantage de la légèreté et de la finesse. Enfin, le rapport développement durable de la marque estime que le coton bio représente 7,8% de l’ensemble de la production, et 3,6% pour le « better cotton », soit 11,4% de l’ensemble des cotons utilisés pour la production (voir la page 17).

 

L’évaluation basée sur le référentiel de l’ADEME.

L’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise l’Energie (ADEME) est une institution emblématique du développement durable, très reconnue pour son efficience et surtout pour sa très grande proximité avec le monde de l’entreprise. Ce fût donc un acteur clé de l’émergence de la communication responsable, qui a su élaborer un référentiel de la communication responsable. C’est sur cet outil, qui comporte 4 piliers que nous allons nous baser pour apporter une première évaluation de la communication H&M. L’idée est simple : confronter les annonces avec la réalité des faits selon les 4 clés de la communication responsable.

Agir avant de communiquer (actions déjà réalisées, ou planifiées et budgétées). 3/5

Il est essentiel de parler de faits et non de projections lorsque l’on parle de responsabilité sociétale, et à plus forte raison lorsque l’on souhaite vendre en arborant le terme « conscious ». 

Sur ce premier point, H&M s’en tire plutôt bien : les vêtements annoncés sont en magasin, et on retrouve effectivement des matières éco responsables comme du coton bio ou issu de l’initiative Better coton. Le plus intéressant est le polyester recyclé qui provient de déchets (bouteilles en plastique…). Ce qui pose problème c’est la proportionnalité entre l’ampleur de la communication et la réalité d’un point de vue quantitatif, qui fait que le terme conscious est trop fort au vu des actions réalisées (voir point suivant).

Les actes évoqués dans la synthèse des actions DD et affichés en magasin sont également, pour la plupart, déjà réalisés : 4,5 millions de litres d’eau économisés dans la production du denim, 7,4 millions de paires de chaussures fabriquées avec une colle à base d’eau (contre 450 000 en 2010)… La campagne et l’affichage en magasin interviennent donc à postériori des actions relatées.

Attention à certains objectifs mis en avant qui n’affichent qu’une deadline sans plus de précision : « objectif : 100% de coton bio d’ici à 2020 », ou « nous œuvrons pour que 100% de notre électricité proviennent de sources renouvelables ». L’initiative semble bonne, mais il n’y a pas beaucoup d’informations sur les modalités (financières, humaines, techniques…) et les outils qui permettront d’atteindre ces objectifs.

Communiquer sur des actes significatifs. 2/5

Vu l’ampleur de la campagne de publicité, on pourrait s’attendre à l’invasion massive de cette mode « éco responsable » en magasin. Mais sur ce point le constat est décevant.

On peut voir en magasin que la surface occupée pour conscious est vraiment restreinte comparée à l’ensemble du magasin. Egalement, le coton bio ou better coton représente selon le rapport DD H&M 11,4% de l’ensemble du coton utilisé, ce qui à l’échelle de la production toute entière, est finalement peu. Pour résumer, avec une petite surface de Conscious et une part réduite de matières « éco responsable », on constate une disproportion entre les annonces et la réalité. Tout le tapage médiatique autour de Conscious était beaucoup trop important, et le message trop fort pour la réalité de la production.

Cette disproportion est regrettable d’autant plus que produire des vêtements à partir de déchets (polyester recyclé) ou de cotons plus respectueux de l’environnement est, pour le coup, un acte fort et une vraie avancée !

Concernant l’affichage en magasin par les stickers et panneaux, le bilan est là encore mitigé. Rappeler au consommateur qu’un rythme de lavage raisonné des vêtements permet de préserver la ressource « eau » est un bon point car c’est un geste accompli par chacun mais dont très peu de marques parlent. Le message est clair et concis : la démarche est bonne.

En revanche lorsqu’on confronte les affirmations de mode éthique et responsable affichés durant la campagne médiatique, le bilan est très médiocre. En page 28 du rapport DD, on trouve un tableau qui nous montre que beaucoup de progrès restent à faire en matière de production « responsable ».

La base pour éviter le greenwashing : agir avant de communiquer. Or ici, peu d'initiatives sont "en cours/réalisées"... en cours et réalisé ce n'est pas tout à fait la même chose !

La base pour éviter le greenwashing : agir avant de communiquer. Or ici, peu d’initiatives sont « en cours/réalisées »… en cours et réalisé ce n’est pas tout à fait la même chose !

Sur tous ces points, le rapport précise qu’il y a « plus à faire » et qu’ils sont donc en cours, alors que ce sont pourtant des points absolument essentiels pour tendre vers une exemplarité éthique. En affichant des actions en cours de réalisation comme des arguments éthiques, H&M se rapproche dangereusement de l’ethicwashing !

On a d’ailleurs appris ces jours-ci que plusieurs groupes textiles dont H&M (mais à l’exclusion de Gap, Auchan, Uniqlo…) viennent de signer un accord sur les conditions de travail au Bangladesh et notamment sur la hausse des salaires.

Concevoir une communication en adéquation avec la réalité de la démarche environnementale et sociale de l’entreprise. 2/5

H&M était attendu au tournant, notamment suite au scandale du coton ogm qui s’était infiltré dans la collection conscious, révélant ainsi une fraude massive. Cette année, on pourra soulever 2 points sur cette adéquation entre l’annonce et la réalité.

Respect de l’environnement. Les matières bio sont (sauf nouvelles analyses démontrant le contraire) présentes avec également du polyester recyclé, et donc produit à partir de déchets. Malgré la faible part que ces matières représentent sur l’ensemble de la production, on remarque tout de même que Conscious est une des seules capsules « bio » en grande distribution textile. On pourrait donc dire que d’un point de vue environnemental, la démarche est intéressante mais ne sera pertinente que lorsqu’elle sera mise en place à plus grande échelle.

Ethique. Pour se déclarer éthique, il faut qu’une entreprise ait une démarche sociale conséquente et avancée. Comme on a pu le voir plus haut, de très nombreux progrès restent à faire sur des points aussi essentiels que la santé des salariés même chez les sous-traitants ou la sécurité des bâtiments de production. Ce sont des points sur lesquels une entreprise doit être irréprochable avant de prétendre à une auto déclaration de « mode éthique » ou « responsable », ce qui n’est pas encore le cas de H&M. Il parait en effet invraisemblable de se déclarer éthique alors même que les employés des sous traitants s’évanouissent de fatigue sur leur lieu de travail, ou pire encore, que des bâtiments insalubres abritants des ouvriers s’effondrent, provoquant plusieurs centaines de morts ! D’énormes progrès à faire donc avant que le géant suédois ne puisse revendiquer une mode consciente comme il le fait aujourd’hui !

batiment h&m

Le bâtiment qui s’est écroulé à Dacca. Andrew Biraj pour REUTERS

Donner suffisamment d’informations pour permettre à la cible de comprendre la démarche entreprise.  3/5

La campagne publicitaire fait la part belle aux termes « conscious » ou « éco-responsable », mais n’en dit pas tellement plus. Il aurait par exemple été intéressant que sur le spot TV ou le print apparaisse la composition de la robe de Vanessa. Heureusement, en boutique les étiquettes fournissent des informations claires sur les matières : pas d’ambiguïté, on a connaissance des proportions d’éco matières dans les vêtements. On en sait également plus sur le polyester par exemple, et notamment que le recyclage est effectué à partir de déchets du style bouteilles plastique, ce qui est une démarche de revalorisation très intéressante.

On connaît également le lieu de fabrication : de ce point de vue on peut saluer une certaines transparence de la marque.

Le rapport développement durable permet d’en savoir plus sur les démarches engagées : les chiffres sont plutôt clairs, et les objectifs aussi. En revanche, trop peu d’informations sur les modalités qui permettront de les atteindre. Ainsi sur un plan purement formel et méthodologique, le bilan est plutôt positif même si certaines informations doivent être explicitées !

Note globale : 10/20

Sur le fil du rasoirLa véritable bonne idée de H&M, c’est d’avoir su proposer des matières innovantes et particulièrement pertinentes comme le coton bio ou le polyester recyclé, que l’on retrouve principalement sur la collection femme. A l’échelle des milliers de boutiques de la marque, faire que ces matières plus respectueuses de l’environnement et des ressources naturelles soient, finalement, démocratisées, est très significatif. En revanche, il est clairement trop tôt pour s’affirmer totalement « conscious ». L’aspect éthique de ce terme est en effet presque inexistant, les terribles conditions de travail des ouvriers fabricant les vêtements étant occultées par quelques mesures « poudre aux yeux » : former les employés du Bangladesh à leurs droits parait plus que dérisoire quand la sécurité des bâtiments ou de la santé n’est même pas assurée ! Une grosse marge de manoeuvre, en espérant que H&M poursuive dans cette voie avec un petit plus d’humilité pour éviter le greenwashing !

Pour aller plus loin : l’avis d’un expert.

Christophe Bultel est consultant en communication sociétale pour l’antenne nantaise de l’agence RC2C. Il est également Chercheur doctorant « développement durable et communication  » au sein du Groupe de recherches interdisciplinaires sur les processus d’information et de communication (GRIPIC) du CELSA Sorbonne. Il nous donne son point de vue d’expert de la RSE sur la conscious vibe by H&M.

« Stratégie annoncée, pratiques observées, H&M n’y échappe pas ! »

« En lançant sa ligne « H&M Conscious collection pour une mode éco-responsable » sur un marché de consommation de masse, la marque indéniablement témoigne d’une volonté de progrès dans l’exercice sa responsabilité. Mais son rapport développement durable suscite bien des nuances malgré la transparence offerte. Elles démontrent qu’il est toujours difficile de concilier effet d’annonce, communication responsable et profondeur des engagements. Les parties prenantes critiques ne s’y trompent pas et peuvent mettre en péril le crédit de la démarche surtout lorsque celle ci est entachée de difficultés d’exécution des engagements (coton OGM…). On ne peut s’édicter en « marque civique ou éco-responsable » sans que le discours de celle-ci ne soit supporté par une démarche globale de cohérence au sein de l’entreprise dans sa démarche sociale, sociétale et économique. Le risque réputationnel est bien trop grand pour la marque, qui ne peut se permettre de perdre la confiance des consommateurs, mais les conséquences sociétales sont tout aussi inacceptables si elles favorisent l’expression de l’écolo-scepticisme. Nous ne pouvons que recommander à la lueur de l’expérience relatée d’H&M qu’il vaut mieux accompagner toute démarche d’éco-responsabilité sur les produits d’un tiers de confiance. Celui-ci offre une garantie réputationnelle dont la plupart des marques de grande consommation ne peuvent plus faire l’économie ! »

 

Que pensez-vous de ce genre d’initiative de la part de grands groupes textiles tels que H&M ?

Commentaires

  1. Excellent article, très bonne analyse. C’est du très bon boulot ! Personnellement je suis pas convaincu et je vois plus là une stratégie de com plutôt qu’une vraie motivation à faire évoluer le monde du vêtements… Puis comme tu le dis, l’ensemble manque de cohérence et n’est pas à la hauteur de ce qui est annoncé à la base !

    • Romain

      Merci à toi ! Effectivement H&M a bien du mal à convaincre qu’elle est une marque « conscious »…

  2. Romain L

    My god what a job !! Tout y est, toutes les facettes du marketing vert y sont analysées et on y découvre les travers bien malheureux du maketing. Une mise au point nécessaire pour éveiller nos consciences, en espérant que ces dérives se réduiront dans le futur et fassent place à de réelles innovations durables plutôt que de satisfaire l’homo economicus que nous sommes.

    Thanks for this article great job ! :)

    • Romain

      Merci beaucoup ! Effectivement on aurait pu terminer l’article par « I have a dream » en espérant un peu plus d’efforts à l’avenir ;)

  3. Julian

    Super article ! C’est très appréciable de voir un gros travail de ce type, surtout sur H&M vu l’ampleur médiatique de la conscious collection.

    • Romain

      Merci ! C’est vrai qu’on ne pouvait pas la louper celle là…

  4. Même si H&M « surf » sur la vague verte comme beaucoup de marques, on ne peut que louer cette initiative qui contribue à sa matière à valoriser l’usage des matériaux recyclés dans le domaine de la mode.

    • Romain

      « on ne peut que louer » me parait un peu fort. Si effectivement l’utilisation de matériaux recyclés reste très intéressante, il ne faut pas oublier que cela représente une part infime de l’offre et que la collection n’est disponible que quelques semaines sur une année. Disons qu’au bout d’un moment, il serait pertinent de ne plus se contenter de « brides » d’actions par ci par là en disant « c’est bien c’est un début », surtout lorsque la frontière avec le greenwashing est ici à peine visible ! H&M en a les moyens.

  5. J’aime bien ce blog découvert grâce à Tribway!
    Et ça change des blogs de filles!
    Bravo et bonne continuation :)

    • Romain

      Welcome :)

  6. Article très intéressant posant les bonnes questions quant aux campagnes « green washing » des marques.
    On voit ça de plus en plus souvent !

    • Romain

      Merci Jérémy ! si ça plait effectivement je proposerai ce genre d’analyse de temps à autre sur des campagnes grand public de ce type !

  7. Juan

    Article effectivement très exhaustif et richement documenté, qui confirme malheureusement ce que tout citoyen un tant soit peu clairvoyant présupposé… Pour ces grands groupes industriels du textile, proposer à l’échelle planétaire des produits à des tarifs imbattables nécessite forcément que chaque dépense soit « maîtrisée »… alors évidemment, dans cet alignement de lignes budgétaires, la notion éco-responsable se situe surtout dans les brainstormings des départements markéting !
    Confectionner un vêtement en respectant un réel cahier des charges écologique génèrerait forcément un surcoût très significatif et ce, quelque soit le lieu de fabrication.
    Le prix faisant parti de l’ADN de ces enseignes, il était donc illusoire -ou naïf- d’imaginer que cette collection capsule serait la nouvelle norme du géant suédois… Son objectif était in fine, beaucoup plus simple: limiter la casse après la série d’attaques particulièrement délétères pour son image et vendre à ses client(e)s, une bonne conscience, leur permettant de continuer à faire leurs emplettes en ayant le vague sentiment d’agir pour la planète… Vous avez dit « mascarade écologique » ?
    Mais au delà du débat sur H&M et de ses pseudos élans responsables, on pourrait aussi un jour se pencher sur toutes ses marques dit haut de gamme (Ralph Lauren, Brooks Brothers ou Lancel pour ne citer qu’elles) dont certaines collections -exclusivement réalisées en Asie du Sud-est- sont proposées en Europe à des tarifs nettement plus élitistes… A suivre ?

    • Romain

      Merci pour ton retour ! Effectivement on voit bien que la conscience d’H&M ne tient qu’à un fil et n’est qu’un verni très superficiel à l’échelle de la marque. En revanche la vraie pertinence de cette collection se traduit par l’utilisation de ces matières recyclées, dont la qualité et l’apparence sont strictement identiques à celles d’une matière de primo usage. c’est l’occasion de faire sauter nombre de freins, parfois même « malgré » le client qui ne saura pas qu’il achète un produit issu du recyclage. Pour les marques de « luxe », le spectre de leur responsabilité sociétale est vaste. Armani, Dolce Gabbana et Prada pour ne citer qu’eux sont très laxistes sur leurs politiques d’achats (provenance des matières premières, conditions de production…) et sur leurs modes de production (aucune mesure prise suite à la détection de produits toxiques dans leurs textiles…). Mais d’un autre côté, Valentino (par exemple) oriente sa politique d’achat selon la norme « zéro déforestation » pour les papiers et les cuirs, est également engagé dans une compensation carbone des émissions liées à sa production, Gucci expérimente un « passeport » qui permet au client de retracer intégralement l’origine de son cuir (avec là encore l’engagement Zéro déforestation…). certains s’y mettent, d’autre pas, mais là encore le bilan est assez nuancé, même si Ralph Lauren a effectivement vendu suffisamment de polos siglés avec l’énorme poney pour mettre en place une stratégie conséquente en matière de DD !

  8. Excellent article! Je ne savais que penser de cette campagne « écolo ». Maintenant je voit le sujet d’une manière bien différente.

    • Romain

      Merci à toi, c’était pile l’objectif de l’article ;)

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